Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les JO … par un spectateur en tribune.


Un internaute de ma connaissance a assisté aux JO de Rio.
Heureux homme !
Comme il a brièvement raconté son périple sur son blog, j’ai voulu en savoir plus ! En effet, sa version me paraissait particulièrement sobre pour un évènement aussi extraordinaire.
Alors, je lui ai envoyé un questionnaire digne des plus coriaces intervieweurs (ou enquêteurs, au choix) … auquel il a bien voulu répondre …

J’ai trop de chance ! Et vous aussi, par la « grâce » de la publication de cet article !
Je vous propose donc un entretien épistolaire dans lequel, à des questions inquisitrices, il est répondu aimablement dans un style alerte et enjoué …

Alors, Lecteurs, êtes-vous prêts ?
A vos marques !
Partez !

Fultrix : Bonjour Christian !
Si nous nous connaissons depuis près de 10 ans grâce à internet, pour nos lecteurs, pouvez-vous succinctement vous présenter ?

Christian : 10 ans déjà, et votre curiosité est toujours aussi intacte ! J’espère que cette interview ne va pas vous décevoir.
Je suis ceinture noire 3ième dan de judo et arbitre de judo au plan régional, retraité de la justice, militant politique pour une révolution citoyenne, guitariste passionné de blues jazz et bossanova, fan de percussions.

Fultrix :
– Comment vous est venue cette idée de partir à Rio pour vivre les JO en direct, plutôt que de tout voir devant la TV en famille ou avec des amis, avec des meilleures prises de vues, ralentis etc sachant qu’on est pas toujours bien placé dans les tribunes ?
– Pouvez-vous brièvement présenter vos compagnons de voyage ? Que des gars ?
– Qu’elle a été la réaction de votre entourage face à ce projet ?

Christian : La première question renvoie à la passion du sport : si vous aimez un sport, que vous le pratiquez, c’est une affaire d’entrailles, de tripes, de sueur, de larmes, de défis, de risques, de liberté, et de beauté car la victoire est belle ! Assister à un évènement sportif comme les jeux olympiques ça devient un rêve, un rêve d’enfant avec ou sans rides. Assister à un combat de judo en direct à ce niveau de compétition c’est de l’émotion à l’état pur, le cœur bat comme si on livrait soi-même le combat.
Et puis nous étions un groupe de pratiquants, à Rio, avec des écarts d’âge et des ambitions différentes certes mais nous étions tous présents pour supporter Teddy Rinner, le prince noir du judo français et la bête noire des japonais. On était là pour sa médaille d’or, on a vu le gros bébé gagner combat après combat, embrasser sa mère et son père, après la victoire ! C’est pour eux qu’il s’est battu, j’en suis sûr ! Une messe sportive c’est vrai, avec un coté fervent, quasi religieux, catholique, rien à voir avec le tube cathodique, vous comprenez ?!
L’aventure c’est d’abord ça, et puis il y a Rio et le Brésil, le pays de la samba, des plages et du soleil (mais pas que). L’ambiance y est chaude (même en hiver !), ça fait la différence avec l’écran d’un téléviseur planté dans un salon même s’il est allumé 24h sur 24h. Et puis avec « fesse bouque » ou l’internet on n’a eu aucun mal à communiquer sur le déroulement des journées brésiliennes avec ceux ou celles restées en France. Ces rapprochements, qui avec sa mère, qui avec sa chérie, se faisaient généralement après le briefing vespéral qui faisait le bilan de la journée et annonçait celle du lendemain. Nous étions un groupe de 24 personnes dont 8 mineurs, 8 jeunes adultes, 8 adultes et sur 24 on comptait 4 filles dont 2 mineures et un ado était accompagné de son père. En fin de séjour un couple de jeunes gens nous a rejoint, pas les derniers à mettre l’ambiance.

Fultrix : Puis que vous avez déjà arbitré des événements sportifs internationaux, pourquoi ne pas avoir postulé à cette occasion ?

Christian : Ma formation d’arbitre est régionale, je n’ai ni les compétences ni la disponibilité pour exercer cette mission à l’échelon national voire international. A mon niveau, l’arbitrage sert à diffuser l’esprit du judo lors des compétitions locales, et son éthique et c’est ce qui me motive auprès des jeunes, j’ai passé l’âge du baston.

Fultrix : Revenons à votre expédition.
– Qui s’est chargé de retenir les places dans les différents stades/salles, selon quels critères puisqu’il était impossible de connaître quels sportifs arriveraient en qualification, 1/4,1/2 et finale des rencontres. (quels sports sélectionnés, prix du billet par tête, budget billetterie …)
– comment avez-vous organisé votre voyage (logistique : avion, départ d’Espagne, ralliée en train, voiture, choix de la compagnie aérienne, achat des billets et leur édition ? …) et votre séjour (hôtellerie réservée sur le net, par quel site ?).
– Comment rallier l’aéroport de Rio et votre lieu de séjour ?

Christian : L’encadrement du club de Pollestres s’est chargé de la logistique. Budget prévisionnel 3000 euros (tout compris sauf les apéros et les souvenirs. Fin 2015 les billets d’avion étaient pris : 1300 euros allers retours départ Barcelone) l’hébergement était retenu 50 euros la journée. L’achat des billets a été une vraie … vraie galère !
L’organisation proposait 3 catégorie de billets de la catégorie C, la moins chère, à la catégorie A (la plus chère). Les billets du matin (pour les éliminatoires) étaient moins chers que ceux de l’après-midi (pour les demi-finales et finales). Notre objectif étant d’obtenir des places les moins couteuses (150 euros la journée), cela n’a pas été possible auprès du site officiel français. Ce fût donc la débrouille jusqu’au dernier moment. Achats sur sites espagnols, brésiliens, échange et tractations et tour de passe-passe devant les caisses du Parc Olympique. En définitive, on a pu assister aux 7 jours de compétitions, y compris pour la finale de Rinner car il était impensable de louper les combats de notre idole…

Fultrix :
– Pour rallier vote lieu de séjour et les sites olympiques, combien de temps, combien de km et quel moyen de transport ?
– Pour entrer dans les stades/arènes/salles, disposiez-vous de badges/pass/accréditations nominatifs avec ou sans photos/empreintes digitales/ QR code/code barre etc … ?
– Quelles mesures de sécurité avez-vous vu ? Chicanes pour filtrer les spectateurs,Vidéo-surveillance, portiques de détection et fouilles au corps et des sacs, vigiles, policiers avec ou sans chien, militaires … avec le sourire et en mode « décontracté » ou en version « état d’urgence/ frontière USA » ?
– Combien de temps entre le début de la queue et l’arrivée dans les gradins ?

Christian : Les compétitions de judo (le seul sport approché au cours de ces JO) commençaient à 10 heures. La file d’attente a été rude le premier jour ! Puis les choses se sont améliorées avec le souci pour les autorités de ne pas bloquer les entrées avec des files interminables. Evidemment il était interdit de pénétrer avec tout ce qui peut ressembler à une arme, les tiges de caméras par exemple, interdits les appareils sonores, la bouffe et la boisson. La détection pouvait être défaillante (heureusement) et lorsqu’elle ne l’était pas, on rusait ! Par exemple, la boite à musiques qui nous accompagnait passait entre les mains des journalistes européens qu’on connaissait et qu’on retrouvait à l’intérieur

Fultrix :
– quelles facilités pour accéder au village olympique et au village français ?
– quelles facilités pour accéder aux sportifs dans les stades, juste avant ou après la compétition ?

Christian : Au Parc olympique de Barra où les «  arènes » abritaient les compétitions de natation, les jeux collectifs, style hand-ball, les compet’ de gymnastique, de judo etc…. on profitait des moments de pause à l’extérieur pour interpeller nos judokas, notamment les filles qui, ayant été éliminées, se promenaient dans la foule et notre groupe ne passait jamais inaperçu. Je me souviens d’Automne Flavia qui s’est prêtée aux séances photos de façon tout à fait agréable. Une petite anecdote : nous avions deux frères jumeaux dans le groupe, l’un s’est occupé d’attirer l’attention de la jeune femme, et c’est l’autre qui a posé pour la photo ( hihihi mais on a tout filmé : elle n’a vu que du feu) !

Fultrix : On a beaucoup parlé de l’ambiance, du comportement de certains spectateurs. Bien des athlètes se sont plaints du manque de silence pour la concentration, des sifflets lors de leurs passages.
– Qu’avez-vous pu observer ?
– Y a-t-il un « profil type » du supporter « insupportable » ?!
– Avez-vous remarqué un instrument spécifique à Rio pour faire du « bruit » (corne de brume en Europe, Vuvuzela en Afrique du Sud …) ?

Christian : C’est vrai que l’ambiance était « fouteuse ». Les brésiliens étaient présents au judo, on les entendait frapper du pied sur les gradins pour encourager les combattants, une vague de tonnerre qui pouvait aussi s’adresser à l’arbitre discrédité par ce que le public jugeait comme une erreur d’arbitrage. Rinner n’a pas été épargné par les sifflets, lorsqu’en finale il a gagné contre le japonnais : il a joué tactique et ça n’a pas forcément plu à tout le monde.

Fultrix : Comment qualifieriez-vous l’accueil des brésiliens face à cette arrivée de touristes ? En général, dès l’aéroport, dans les transports en commun ou les taxis, dans la rue, les commerces (boutiques de souvenirs, restaurants, gargotes, boutiques officielles sur les lieux des compétitions … votre logeuse : une pro de l’hôtellerie ou chez l’habitant ?, et la qualité de l’hygiène …?) et sur les sites eux-même avec les « gentils animateurs » chargés de renseigner les visiteurs en détresse de toutes sortes …
Il a été raconté beaucoup de choses sur la « pacification » de certains quartiers, l’insécurité (pickpocket, agressions violentes en tous genres) et sur des manifestations contre les dépenses pharaoniques en faveur des JO alors que la population connaît une crise économique sévère …
– Qu’avez-vous observé, entendu raconté par d’autres touristes ?

Christian : J’attendais cette question, compte tenu des mœurs de la médiacratie qui se délecte de tout ce qui ne va pas. Halte là !
Les brésiliens sont des gens accueillants, ils étaient contents de nous recevoir pour ces jeux.
Je me souviens, un soir je suivais un drapeau français en sortant du Parc olympique de Barra. Arrivé à la hauteur du drapeau au milieu d’une foule immense je me suis aperçu que ce n’était pas mon groupe. J’ai donc rejoint l’hôtel seul. Je connaissais la ligne de bus qu’il fallait emprunter mais interdiction de se tromper et de descendre à la mauvaise station. Or le soir tous les repères changent. A l’intérieur du bus j’ai pu discuter avec des brésiliennes, mon « Assimil » à la main, et grâce à elles j’ai pu descendre à la bonne station. J’étais sauvé !
Je me souviens, le jour de l’ouverture des jeux, nous sommes allés jusqu’à Maracana sans assister à la cérémonie (billet trop cher : 1300 euros/tête) les forces de sécurité y étaient impressionnantes, mais l’atmosphère est demeurée bon enfant. Ce soir-là, on débarque à 24 dans une sorte de garage qui servait de bar. On a été servis comme des princes, plat du pays : riz, magnoc, haricots et brochettes excellent, bière fraiche et samba, avec groupe de percussionnistes. J’ai même eu droit à une bise (un badji) de la patronne, une vieille dame qui avait dû être danseuse dans ses jeunes années.

Fultrix : Comment s’est organiser le change de la monnaie. Avez-vous réglé votre séjour avant ? Et sur place, comment voyager avec du « liquide » ? Auriez-vous des conseils pratiques à prodiguer aux lecteurs tentés par une expédition lointaine ?

Christian : En ce qui me concerne j’ai préféré changer à l’aéroport. Cela m’a évité de courir après des bureaux de change en ville et éventuellement d’attirer l’attention. Je gardais la totalité de l’argent dans mon sac et conservais sur moi la monnaie pour les dépenses de la journée. Je ne me séparais jamais de mon sac où je rangeais aussi mes documents d’identité de séjour et ma tablette.
Un double était conservé par le responsable de l’expédition. (Rires !) Lorsque notre garçon a découvert à Sao Paulo qu’il avait oublié son passeport dans l’avion, le responsable a découvert que les doubles étaient restés dans sa valise laquelle voyageait déjà vers Barcelone ! Il a pu récupérer son passeport à temps; au-delà de la c…..ie et de la frayeur, c’était un exploit !
Tout est bien qui finit bien …Tutto Bem ! Ne croyez pas que je parle le brésilien (ou le portugais ), c’est la gentillesse des brésiliens et leur patience qui a permis de surmonter cet handicap. Ils ne sont pas très anglo-phones eux aussi !

Fultrix : Est-il vrai que dans un même stade peuvent se tenir plusieurs compétitions de disciplines diverses et remises de médailles dans la foulée ? Je pense particulièrement à l’athlétisme.

Christian : Oui, mais nous n’avons pas assisté aux compet’ d’athlétisme !

Fultrix : Combien de temps a duré votre séjour ? Vous êtes-vous « contentés » de n’assister qu’aux compétitions ou vous êtes-vous octroyé des temps de visites touristiques (musées, sites archéologiques, dans Rio ou à la périphérie) et des sorties de type « restauration, sorties en boite etc … » pour goûter à l’esprit et à la vie des « locaux », en mode « immersion » ?

Christian : En une quinzaine de jours, on a eu le temps de se promener sur les plages de Copacabana, Ipanema, sur les marchés. On s’est rendu au Pain de sucre, à l’opposé, à vol d’oiseau et on est allé dire bonjour au Christ Rédempteur de Rio. Bref, visites classiques.
Un regret (hé oui !) on ne s’est pas aventuré dans le centre historique de Rio, où tout est fait pour le touriste.
On a fait mieux ! On s’est pointé un soir dans une discothèque de Barra. Rien de tel pour s’immerger, comme vous dites, dans l’esprit et la vie locale. Imaginez un disc-jockey sur scène qui fabrique de la musique électrique insupportable, avec des lumières qui vous donnent le tournis, des gens serrés comme des anchois qui boivent et se reluquent. Au centre un couple qui mime des jeux érotiques sur un air de musique qui déchire ! Bref, heureusement que nos mineurs étaient restés à la maison ! Carla, notre hôtesse, nous avait prévenus, le Brésil est un pays chaud et les filles aussi. Nous nous sommes contentés de gouter de la Caipirinha, si vous voulez tout savoir.

Fultrix :
– Y a-t-il quelque chose qui vous a choqué, amusé, surpris durant votre séjour ?
– avez-vous une anecdote à raconter (je pense à l’oubli du passeport de certains de vos compagnons de voyage !!! des détails, des détails !!!!) ?
– Pour terminer cet entretien, y a-t-il quelque chose que j’aurais oublié d’aborder dont vous aimeriez parler ?

Christian : Pour un européen, on ne s’habitue pas aux conditions d’habitat de la population. Des maisons (des abris !) de bric et de broc, les unes sur les autres, et pourtant on n’était pas dans des favelas, et la zone de Barra avait plutôt la réputation d’être fréquentée par les riches.
On supporte mal les égouts à ciel ouvert (un de ces égouts circulait tranquillement dans la zone du Parc olympique de Barra) l’odeur qui s’en dégage, les fils électriques qui pendouillent un peu partout, même au milieu de constructions neuves, l’eau non potable impossible à boire sous peine de diarrhée radicale (on a donc logiquement étanché notre soif à la bière laquelle n’a jamais fait défaut !) Point de malades au cours du séjour sinon quelques « bitures » bien tassée. S’agissant des moustiques, ils devaient être ailleurs, les bombes « anti » sont restées dans les sacs.

Fultrix : Merci Christian pour nous avoir relaté votre aventure aux JO de Rio. Vous avez eu le chic pour nous mettre dans l’ambiance !

Amis lecteurs, à bientôt pour de nouvelles aventures !

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A propos fultrix

European civis sum ! Είμαι Ευρωπαίος πολίτης !
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