De la « paternité imposée ».


Paternité imposée« Paternité imposée », la prononciation de ces deux mots sonne bizarrement à mes oreilles. Il s’agit du sujet retenu par la chaîne « Public Sénat » en cette première quinzaine de février 2016.

Cette appellation m’agace !
Parce qu’elle est récente, pécuniaire, masculine et renvoie douloureusement à la cause des femmes mise au banc de la société parce que « filles-mères, suitées d’un bâtard » (soyons vulgaire comme l’insulte qui leur est faite) … pécheresses indignes, au nom de la morale et de l’hypocrisie sociale, en générale et masculine, en particulier.

Ce caractère insupportable, car imposé, fait référence « en creux », aux relations sexuelles, à la contraception des femmes et des hommes, à l’avortement, à « cette garce qui vous fait un gosse dans le dos pour vous piéger  » …
Il me semble que cette condamnation de la femme qui connut l’homme n’avait rien d’une harpie au départ … Certains ont décidément la mémoire courte et la compassion soluble comme le café d’un lendemain qui déchante devant les responsabilités. Tout le monde ne parait pas encore au courant qu’un enfant se fait à deux.
Suis-je cruelle, cynique, sordide et particulièrement de mauvaise foi ?!
Oui, sans doute tout cela à la fois et dépourvue de toute charité envers ce genre réclamant tout autant des saintes et des « dépravées » mais jamais des femmes aimées pour elles-mêmes.
A se demander si ces géniteurs « à l’insu de leur plein gré » comprennent qu’à défaut de vertu, il est des conséquences fâcheuses pour leur mode de vie bohème, insouciant, immature, libertin, égoïste, hédoniste …
Voilà, c’est dit, le poison est craché et le fiel exonéré.

Tout de même, avec cette expression « Paternité imposée », s’exprime un sentiment d’injustice, une punition injustifiée et particulièrement lourde, pour ne pas dire disproportionnée.
Curieusement, à l’image d’un homme qui s’exhibe victime, avec en creux, celle d’une femme malveillante, il manque désespérément celle de l’enfant, corps du délit. L’enfant, cette preuve, cet aveu de culpabilité, cette infamie, pourtant lui-même seule véritable victime de l’inconséquence de ses auteurs.

Il semble qu’avec cette notion de paternité imposée, il soit enfin reconnu pour lui-même, petite personne que le droit protège et soutien pour lui permettre de devenir un adulte point trop abîmé par la vie. A la suite de la convention sur les droits de l’enfant signée et ratifiée par la France, le droit positif interne boucle un cycle de protections patiemment et progressivement installé, envers et contre tous, auteurs compris.
C’est ainsi qu’à l’occasion de la réforme du droit des divorces dans les années 70, a disparu des textes l’appellation d’enfant « adultérin » au profit de la périphrase « enfant né de deux parents engagés séparément dans le mariage ». A la même époque, son droit à l’héritage sur la patrimoine du parent marié mais avec quelqu’un d’autre s’est progressivement étoffé, jusqu’à compter comme un enfant « légitime ».(sur la notion d’enfant adultérin et son droit à héritage en 1846).
Désormais, lui est reconnu le droit à une vie décente, à défaut d’être heureuse, dans une famille monoparentale, financièrement soutenue par un père, absent.
Les intentions des adultes à devenir ou non parents s’effacent au profit de la progéniture. C’est en quelque sorte la revanche des enfants. Après la patriarcat accablant puis la liberté sexuelle et contraceptive des femmes, voici le temps des rejetons. C’est à croire, avec une certaine malveillance, que la société reprend à son compte le slogan « un bébé à tout prix » alors que le célibat progresse et la fécondité des femmes régresse, sans oublier les trop nombreuses études sur les familles monoparentales avec une mère pour chef de famille, en grandes difficultés financières constituant aux 2/3 ou presque les cohortes des précaires et des pauvres.

Dans la pratique, il serait possible de croire au rétablissement d’une égalité entre les hommes et les femmes à avoir ou non un enfant, avec moins de soucis financiers.

Tout ceci nous amène donc à analyser la notion de « paternité » réputée « imposée », et déclenchera peut-être un vif débat avec votre entourage. La tribu terrible n’a pas échappé à la discussion, clivante, genrée et passionnée !

 

I. Qu’est-ce que la paternité ?

Le mot est nouvellement employé, toujours dans l’ombre de la maternité, glorifiée, parfois imposée. Auparavant, à défaut d’être évoquée, rien ne supposait qu’il puisse en être autrement, le père légitimait l’enfant par son accueil dans la famille.
Mais visiblement, il faut désormais distinguer le « géniteur » du « père ».

1. La distinction « père-géniteur » :
a. Sans entrer dans les détails,
le géniteur est celui qui « sème » son capital génétique, effet collatéral d’une relation intime non protégée.
Curieusement, l’organisation sociale et l’offre médicale majoritairement proposée veulent que l’homme s’occupe de son bon plaisir tandis que la femme gère l’intendance contraceptive. D’où l’idée largement répandue qu’en cas de grossesse intempestive, la faute en revienne à l’amante, imprévoyante ou sournoise. Bien qu’il faille être deux pour concevoir, l’homme se considère comme tiers, étranger aux conséquences. Pourtant, les faits sont têtus, l’homme fait le geste, la nature fait le reste …

b. Etre père relève d’une autre dimension.
La paternité implique la filiation, la notion de perpétuation, de continuité et d’héritage. Il se créé un lien à travers le temps et les générations, dans la joie ou la peine. L’histoire est là, à travers le sang et les gènes, le patrimoine, humain ou matériel.
Par le sang ou l’ordre de la loi, une lignée succède à un fondateur, installant durablement par racine un nom, une culture, une éducation et des valeurs. L’homme devenu père garde l’enfant à ses coté pour une imprégnation éducative et sentimentale maintenant l’illusion d’une éternité dynastique et masculine. Car pour Socrate et Platon, la femme n’est que le four dans lequel le potier confie sa pièce, son œuvre …

2. La distinction « paternité-maternité » :
a.
La paternité, donc, est devenue une notion à la mode et revendiquée dans les années 70 au moment où le divorce permettait le consentement mutuel pour une séparation apaisée. Mai 68 était passé par là. Il fallait réinventer le monde, les rôles, voire permettre la confusion des genres à travers de nouveaux codes vestimentaires, unisexes. Après la maternité idéalisée comme naturelle et unique obsession des femmes, après la maîtrise de la procréation par les femmes, les hommes dépossédés de leur tout puissance se sont proclamés « nouveaux pères », « papa-poules » et ont dû batailler pour que leur soit reconnu le droit de s’occuper de leurs enfants, jusque dans les tâches parfois ingrates. C’est à l’occasion de divorces qu’ils voulaient être une « mère comme les autres » alors qu’il leur était trop souvent reproché devant les magistrats, d’être absents …

b. Pour la maternité, il est bien plus facile d’en parler parce qu’elle se voit à travers le corps de la femme qui se modifie. Le lien est « évident ». La future mère dispose de neuf mois pour s’y préparer tandis que le père observe. N’avons-nous jamais entendu parler de maternité présumée (alors qu’avec la GPA et le don d’ovocytes, la question pourrait être remise au goût du jour …).
Avec le retour d’un certain ordre moral, un goût pour le « naturel » (allaitement jusqu’à 4 ans ou plus, co-dodo etc …), je m’étonne de ne pas encore entendre les appellations infamantes de « fille-mère » et de « bâtard » revenir (à moins que je ne fréquente pas les bons lieux) … même si les crispations et les opprobres familiales s’observent sur la virginité des filles, l’infibulation et l’excision et les possibilités de chirurgie réparatrice, reconstructrice d’hymen.
Si statistiquement les femmes se retrouvent avec les enfants au quotidien, malgré le droit de garde des pères, ces derniers se réduisent encore trop souvent au rôle du « porte-monnaie ». Il n’est pas donné à tout le monde de pratiquer sereinement la garde alternée.

Reste à savoir pourquoi la paternité se trouve finalement imposée par le droit au grand dam de ces « pères malgré eux ».

 

II. La paternité imposée :

A qui est-elle imposée, par qui, de quelle manière ? Et le fait de la subir exprime une situation contrainte … Au nom de quoi, au profit de qui ?

1. Imposée donc subie ?
a. A qui ?
Imposée, la paternité laisse supposer qu’elle ne va pas de soi. Si les animateurs aux cours de préparation à l’accouchement recherchent la présence des pères, rares sont ceux qui viennent après le premier enfant. L’expérience étant vécue une fois, elle reste malgré tout un « truc de fille ».
Avec le mot « imposée », le choix n’est plus de mise. Procréer devient une longue peine d’au moins 18 ans ! Parce que le défaut de contraception, d’avortement (ou d’abandon) participe à la naissance d’un enfant.
Subir une paternité, tout de même, l’expression me parait furieusement exagérée. Qui a forcé l’homme, hors cas de viol ? Pour la bagatelle, tout le monde était d’accord. Pour les “dommages collatéraux”, il n’en reste qu’un, majoritairement une, à gérer.
Est-ce juste, pour le parent avec le bébé ? Est-ce juste de commencer dans la vie avec un handicap ?
La convention de New-York sur les droits de l’enfant dit non.

b. Pour qui ?
C’est cette troisième personne, celle que nul ne souhaitait accueillir, qui se voit reconnue et protégée par le droit. Elle s’impose à ses parents avec l’aide des juridictions. Statistiquement, ce sont les mères qui agissent en représentation de l’enfant. Cependant, il existe des cas d’abandon sous X pour “punir le père” à qui l’on refuse le bébé qu’il désirait tant et cela devient diablement compliqué quand le petit être est adopté. Pour contrer ce type de situation, la reconnaissance anticipée de paternité prend tout son sens.

2. Les limites de l’obligation :
a. L’absence de vie commune :
Mais que les esprits chagrins cessent de se plaindre. Il y a encore 30 ans, il fallait “réparer” la faute des hommes par un mariage arrangé, en petit comité. Je ne compte plus les « prématurés » de 9 ou 10 mois et les mariages en blanc … Maintenant, le chèque suffit, la vie conjugale n’est plus exigée car la pression sociale a laissé la place à la pression économique et judiciaire. De ce fait, les hommes sont placés devant leur responsabilité : ils doivent organiser eux-mêmes leur mode de protection contre tous les effets indésirables des rencontres sur l’oreiller. Les femmes n’ont plus à s’en charger pour eux. Un enfant se fait à deux, avec des adultes responsables, juridiquement.

b. Le pendant de l’action en desavoeux :
Cependant, en se plaignant de la paternité imposée, les hommes oublient ou taisent l’existence de l’action en désaveux de paternité. Et dans le respect du code civil, la jurisprudence sait faire droit à ces demandes qui n’ont rien de déraisonnables. Les juristes ont ainsi procédé à à magnifique parallélisme des recours, en toute égalité des droits.

 

Conclusion :

Cessons de parler des parents à qui la loi colle un mouflet dans les bras, d’autorité. Retenons plutôt qu’un enfant, qui jusque-là était un simple sujet de querelle entre deux adultes, est une personne (pour plagier Françoise Dolto) avec des droits. Et ce n’est pas sa fragilité de mineur qui l’empêche de faire entendre et faire reconnaître ses doléances.

Il me semble qu’une tendance lourde se dégage avec la jurisprudence qui repousse les limites de la notion “d’intérêt de l’enfant” dans bien des situations nouvelles. Il devient même un tiers au couple, puisque la vie de famille ne lui est pas octroyée. Je pense aussi à l’exigence d’état civil aux jeunes nés par GPA à l’étranger à leur retour en France. Notre pays n’accepte pas cette pratique et des parents contournent la loi en pratiquant le « tourisme procréatif ». Encore récemment, en refusant son état civil à l’enfant, l’Etat ne punissait pas les responsables mais s’acharnait sur le plus faible.

Voilà, c’est dit, de façon virulente à en croire les cris d’orfraie de mon comité de lecture. Et pour que les choses soient resituées dans leur contexte, je n’ai jamais eu à connaître de cette situation de près ou de loin.

Fultrix.

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