L’Indien de Manchester


L’imagination des escrocs n’a pas de limite, la sophistication des moyens mis en œuvre non plus.
Un ami ingénieur, pourtant averti des risques relatifs à l’internet, vient d’en être victime.

Alors qu’il était en congé, pianotant sur son engin à faire le tour de la toile, un appel téléphonique le dérange, sur la ligne fixe.
Une femme se réclamant de Microsoft lui explique en Français qu’une faille détectée dans le système menace l’intégrité de son ordinateur. Elle l’oriente alors vers un autre correspondant. Le nouvel interlocuteur lui explique alors que la célèbre Marque a relevé une faille dans son système d’exploitation Windows permettant l’attaque massive de P.C. à travers le monde et que toute l’entreprise de Redmond  était mobilisée pour circonscrire puis éradiquer le fléau, rien de moins.
A la suite de quoi, mon ami est gentiment redirigé ver s un technicien. Seule inquiétude du représentant officiel, la compréhension mutuelle car, à court de personnel, le spécialiste est malheureusement exclusivement anglophone. Le copain hésite. Cependant, il entend en bruit de fond le bourdonnement d’un plateau technique de type « open-space » où de nombreuses voix expliquent dans diverses langues le problème à des clients sans doute médusés.
Après réflexion, confiant dans ses connaissances linguistiques, il opte pour l’expression anglaise pour ne pas perdre de temps, afin de sauver son ordinateur portable et participer au grand mouvement de sauvetage international …

Commence alors un marathon téléphonique qui durera cinq heures…
Avec le changement d’interlocuteur, nouvelle mise en attente d’une dizaine de minutes, si ce n’est plus. Décidément, il ne regarde pas à la dépense. L’affaire doit être d’importance pour qu’à chaque nouvel ordinateur infecté, l’entreprise contacte son propriétaire, où qu’il soit sur la planète …
Enfin le « sauveur » est disponible. Après passage en revue des spécificités techniques de la machine, le spécialiste demande que soit enclenché une série de commandes plutôt abscons sur la machine, histoire de passer dans les coulisses du système d’exploitation.
Comme dans les meilleurs films d’espionnage ou de science-fiction, en surimpression d’écran, des lignes de commande défilent dans un contraste rouge et noir. Visiblement, l’attaque a commencé !

C’est l’horreur informatique, pire que Tchernobyl (la centrale  et le virus !).
L’ami se décompose en pensant à toutes ses photos de famille risquant de disparaitre avec le disque dur de son ordinateur. Il exécute dans l’urgence une nouvelle série de commandes destinée à reprendre la main sur cet ennemi invisible, particulièrement agressif.
Il est admiratif devant les connaissances de son correspondant qui lui demande si telle ou telle chose apparait à l’écran au moment même où l’évènement se produit. Il a parfois l’impression que le spécialiste est penché au-dessus de son épaule, dans son salon.
Tout ce temps passé met en surchauffe le vieux bousin familial. C’est idiot parce que cela arrive au moment où, en remerciement à la firme, le client est en train de régler sa facture de cinq euros avec sa carte bleue physique …
L’anglophone s’inquiète du dysfonctionnement de certaines commandes. Se confondant en excuses, le copain veut sortir la seconde carte bleue du foyer alors que Madame aimerait bien savoir si la première transaction a eu le temps d’être validée.

C’est à partir de ce moment-là que le charme s’est progressivement rompu. Un méchant doute s’est insinué : le numéro de la carte bleu n’a rien de virtuel, comme si les clefs de la tirelire avaient été confiées à un parfait inconnu.
Coupant court au débat sur le débours, l’ordinateur a rendu l’âme après plus de cinq ans de bons et loyaux services.
Le technicien n’était visiblement plus d’aucune utilité dans le salon tandis que d’autres P.C. réclamaient des soins urgents.
Fin de la première manche !

Retrouvant un certain calme, la famille analyse les derniers évènements. Prise d’un doute affreux, elle contacte le numéro d’urgence des cartes bleues pour faire opposition à la dernière transaction et à toutes celles qui pourraient suivre. Dès le lendemain, plainte est déposée au commissariat le plus proche. Le copain est reçu par LE spécialiste des nouvelles technologies.
Après un long entretien, une série de questions et une enquête auprès du fournisseur des télécommunications, l’arnaque apparait dans toute sa splendeur.
En remontant le fil, l’attaque vient de Manchester, par le fait d’un ressortissant indien.
Faute d’union des services de police, il sera difficile d’appréhender le voleur et ses complices. La seule consolation vient du blocage de la carte bleue car il y a bien eu des tentatives d’achats frauduleux.

Dès le début du récit, je me suis pourtant exclamée : « mais enfin, tu crois vraiment que l’on court après le consommateur pour sauver son P.C. alors que le système se met à jour avec force rustines logicielles et corrections directement et automatiquement via des serveurs dédiés (sinon, à quoi ça sert que Microsoft y se décarcasse ?!) ». C’est la naïveté de se croire important, un client privilégié ?!

Il est vrai que l’art d’un escroc est de conditionner sa victime, comme le charmeur de serpent tient le reptile sous sa coupe.
L’ignorance, en matière de protection et en connaissance de la machine elle-même, est la cause de bien des soucis.
Pour que l’escroc ait téléphoné au domicile du copain, c’est qu’il a su qui il était. Une présence sur un site professionnel avec un nom en clair et hop, un hameçonnage. Puis un logiciel malveillant téléchargé à l’occasion d’un passage sur un site vérolé ou d’un courriel, de type troyen et hop, une prise en main de l’engin à l’insu de son propriétaire.
Après, vogue la galère, surtout pour la victime.

En l’espèce, l’ami a été sauvé par son portable antique (qui a rendu l’âme au bon moment) et la vigilance de son épouse : il a conservé son identité et sauvé son porte-monnaie.

Fultrix.

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European civis sum ! Είμαι Ευρωπαίος πολίτης !
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2 commentaires pour L’Indien de Manchester

  1. questiongazon dit :

    Merci pour l’information.
    Surréaliste et digne de James Bond !
    ça me rappelle une citation : » Le seul homme qui tire profit du capitalisme est l’escroc, et il devient millionnaire en un rien de temps. « 

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