Charges sociales et sociétales


Depuis quelques semaines, les média se font des gorges chaudes du projet gouvernemental intitulé « pacte de compétitivité ». Tout le monde y va de son commentaire sur le caractère « insupportable » des charges sociales … patronales exclusivement (oubliant un peu vite la part salariale).
L’entreprise y est présentée comme un lieu produisant de la richesse, victime d’insupportables « paniers-percés » procédant comme des vampires, au gré de leur soif inextinguible.
Alors, çà, permettez-moi de vous le dire, c’est quand même caricatural et relève de la pratique personnelle de certains auteurs de ces propos …
Pour deux raisons :
– l’une, d’actualité, porte sur les dividendes versés au détriment d’investissement pérennisant l’activité de l’entreprise,
– l’autre, historique, justifie l’assiette des charges sociales sur les résultats de l’entreprise.

Visiblement, les pigeons (version presse ) et autres volatiles (s’imaginant « dindons ») oublient certaines statistiques et analyses économiques dont ils sont si friands par ailleurs quand elles les arrangent.
Je pense ainsi au rapport Gallois (version résumée , version brute ) qui, au détour d’un paragraphe remarquait comment certains « entrepreneurs » privilégiaient les actionnaires au détriment du renouvellement de l’outil de production (je ne parle même pas de la masse salariale !).
Visiblement, la tendance perdure au point de compromettre toutes chances de relance économique et donc, de croissance que tout le monde appelle de ses vœux comme d’autres invoquent les divinités.
J’avoue avoir même failli m’étouffer d’indignation en écoutant les propos californiens du patron des patron, fils de son père, héritier de l‘entreprise familiale , et fort probable allocataire indirect de marchés publics du fait de ses secteurs d’activités …
Je l’aurais volontiers fait rentrer au pays sur une ligne commerciale, à ses frais …

Quant aux charges sociales dues par les entreprises, elles relèvent de décisions historiques avec des arguments qui n’ont rien de spécieux.
Encore faut-il aux employeurs vouloir se souvenir des conditions de travail au XIXè s. et se satisfaire de leurs améliorations !
Encore faut-il aux salariés, tentés de porter au pouvoir des partis qui les « assassinent », vouloir se souvenir des conditions de vie de leurs aïeux rapportés durant les repas de famille ou appris à l’école et ne pas oublier qu’ils bénéficient de ces prélèvements …

Revenir sur l’une de ses charges, c’est remettre en cause ce qui a été un facteur déterminant dans le progrès social (un professeur de droit social n’hésitait pas à dire que « la lumière dans un atelier est un « lux » mais pas que … » ).
Revenir sur l’une de ces charges, c’est ouvrir une brèche à des revendications de grands patrons (prétendues victimes d’une mondialisation pourtant appelée de leurs vœux et après pressions sur leurs gouvernements) en affaires avec des groupes ne respectant pas les mêmes règles sociales …

Historiquement, dans le souci de s’attacher les services de cadres puis d’agents de maîtrise, les capitaines de la révolution industrielle ont progressivement accordé des avantages (matériels ou des pensions) en plus des salaires … santé, retraite, congés.
De leur côté, les ouvriers se sont pris en charge pour organiser puis revendiquer des caisses de secours pour les accidents du travail et le chômage.

Si l’entreprise est mise à contribution, Il faut y voir une forme de délégation auprès de l’Etat, de ses œuvres sociales. Elle mutualise avec d’autres entreprises ses propres charges. Ce que les USA appellent « socialisme » (comme un gros mot qui sent le kolkhoze) est en fait une « formidable occasion de dépenser moins pour protéger plus ». Ce n’est pas moi qui le dit, ce sont les chiffres de la presse américaine , excusez du peu.

Désormais, les entreprises demandent des allègements, sûres de les obtenir, parce qu’elles disposent de moyens leur permettant de rivaliser avec la surface financière des Etats eux-mêmes … D’autant plus que ce sont elles qui leurs accordent, depuis les années 70, les emprunts.

Si le système se dérègle, c’est parce que tout le monde ne joue pas le « jeu » : certains sont exemptés de cotisations, d’autres font financer leur système structurellement déficitaire par le mécanisme de la solidarité des régimes, sans parler des régimes spécifiques de la fonction publique. Refondre le tout devrait être envisagé sérieusement dans un souci d’égalité à l’aune de la pénibilité et des trimestres avec une limite d’âge raisonnable …

Mais hélas, trop d’intérêts particuliers parasitent tout espoir de réforme.

« Trop grosses pour demeurer « civiles », « urbaines »,
Trop grosses pour être abandonnées en cas de faillite ».

Malgré les lois anti-trust et les sommets intergouvernementaux, les sociétés les plus agressives s’émancipent, imitées par d’autres, comme un effet d’aubaine.

Qui se retrouve véritablement le dindon de cette farce économique ?
Le salarié redevenu serf,
la nation redevenue Plèbe,
la Démocratie redevenue féodalité …

Je ne suis pas encore grecque, ni chinoise et face à cet extrémisme capitalistique digne de Zola et Balzac, j’en viens à regretter l’extrémisme prolétarien, histoire de faire un contre poids utile.

D’ici peu, si les choses ne s’améliore pas, je vais apprendre aux plus jeunes quelques slogans bien sentis du type :
La terre aux paysans,
L’outil aux ouvriers,
Vive la Révolution,
Vive Bakounine !

Fultrix.

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A propos fultrix

European civis sum ! Είμαι Ευρωπαίος πολίτης !
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5 commentaires pour Charges sociales et sociétales

  1. caligula63 dit :

    Le gouvernement a la mémoire courte. Tous les cadeaux faits au patronat en vue de relancer l’économie n’ont rien donné, ou presque.

    La baisse de la TVA dans la restauration, chez les fleuristes, quelques années auparavant, était sensée relancer la machine, améliorer le salaire des employés, diminuer le recours au travail dissimulé, bla, bla, bla…Et depuis? Motus! Et ne comptez pas sur les journalistes pour ébruiter l’affaire, surtout pas.

    La mère Aubry est connue pour ses trente-cinq heures, mais savez-vous qu’avant cela, elle avait fait passer un projet pour les ambulanciers? Et ceci faisait la part belle aux patrons. Je connaissais, à l’époque, qqs conducteurs de VSL qui l’auraient bien emmenée faire un tour d’ambulance…

    Que ce soit la gôche ou la droite, c’est du pareil au même. Mais certains gouvernements s’en félicite, de cet ultra-libéralisme. Un haut fonctionnaire allemand vient d’avouer que si l’excédent commercial de son pays était aussi élevé, cela venait certainement des bas salaires…Et de dire que le salaire minimum, instauré il y a peu, allait tout changer! Vu le montant de l’obole minimale instaurée, je ne suis pas de son avis.

    Vive Bakounine?
    Désolé, je préfère Proudhon…
    Un peu moins philosophique, certes.

    • fultrix dit :

      Prudhon, oui, privilège d’antériorité.
      Bakounine, avec son coté insurrectionnel, me plait plus, histoire de bien contre-balancer la violence de la financiarisation de l’économie …

      • caligula63 dit :

        Les insurrections ne sont pas à l’ordre du jour, en France.

        La seule façon de faire réfléchir nos dirigeants est le vote. Mais pas le vote idiot et qui va dans leur sens du genre bleu Marine. Non, je vois plutôt le retour du communisme. Aux municipales, cela va de soit.

        J’imagine d’ici la tête du gouvernement et de l’opposition qui verraient la ré-émergence du PCF. Eux qui l’ont déjà enterré.
        Même Mélenchouille serait surpris…

      • fultrix dit :

        C’est rigolo, ça, que vous voyez le retour du PCF (ou une variation, POI ou autre).
        Figurez-vous que dans mon patelin, si les partis traditionnels ont un peu de mal pour boucler les listes (surtout pour trouver des nanas … j’aurais à en raconter, là dessus, hein Marie !!!!), curieusement, la liste « rouge » connait pléthore de candidats … Sauf qu’il n’est prévu de faire campagne que dans les quartiers qui lui serait historiquement acquis … Pfff, aucune ambition !

      • caligula63 dit :

        Je dis PCF, mais c’est uniquement par depit.
        Qui d’autres?
        – Les verts? ils sont inutiles et pensent pouvoir conquérir la nation.
        – Le centre? Inexistant.
        – Mélenchon? Il est contre tout, mais en finalité il ne fait rien avancer. Il ressemble au pro-Stalinien de l’ancien temps.
        – L’UPR? Voir Mélenchon.
        – FN? Je préfère ne pas en parler. Comme dit le poète; « Si la peur fait bouger, elle fait rarement avancer. »

        Donc, il reste le PCF…Il a un passé, mais c’est certainement la seule chose qu’il lui reste.

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