Ce que voter « Extrême-droite » implique.


carte électoraleDepuis deux mois, et pour encore quatre à courir, les politiciens de tous bords se mettent en train.
Le décompte électoral a commencé.

L’enjeu des municipales :
Avec le renouvellement de municipalités de 36 000 communes, les journaux locaux et nationaux s’évertuent à débusquer qui, des édiles ou des opposants se présentera. Cela représente des mois de travail à ces « sous-traitants » de l’actualité. Durant ce laps de temps, électeurs et électeurs subiront un matraquage médiatique de déclarations et petites phrases à la tonitruance progressive à mesure de l’échéance électorale.

Pour les sièges nationaux des formations politiques, « décrocher » une mairie, en plus de représenter un trophée pris à l’adversaire, c’est la certitude d’obtenir un parrainage parmi 500 autres nécessaires à toute candidature aux élections présidentielles. Pour le coup, programme local et électeurs ne présentent pas d’intérêt particulier.

Les candidats, quant à eux, doivent présenter un programme pour 6 ans, au financement doublement accessoire. Il devient un argument dépréciatif de l’adversaire, une source d’inquiétude des administrés alors que techniquement, la bonne connaissance des comptes au plus près de l’échéance électorale est difficile. Les comptes sont calés sur l’année civile et en Février au plus tard, ils doivent être validés par la préfecture, contrôle souvent formel de l’équilibre réel du budget. Alors, n’imaginez pas que les candidats puissent savoir comment ils vont financer leur programme à l’Euro près.

Evidemment, il y a des candidats exceptionnels, sachant lire un bilan, public qui plus est, suivant l’évolution du personnel dans les tableaux de fonctions, les dépenses annuelles des marchés publics avec la liste de l’article 133 du code des marchés publics, les subventions allouées et les emprunts engagés, publiés dans les recueils des actes administratifs, les charges induites par d’éventuelles délégations de service public en lisant les contrats … et j’en oublie.
Heu, non, ce n’est pas si sûr parce que cela demande du temps, des compétences, une équipe digne d’un cabinet fantôme … la taille de la municipalité convoitée ne faisant rien à l’affaire.

Alors, pour l’électeur, le choix éclairé relève de la gageure.
Il reste alors l’envie de « tout essayer » comme on change de style vestimentaire, question de mode, ou de désespoir ravivant les plus bas instincts
En caricaturant, beaucoup, après avoir viré de droite à gauche que reste-t-il, si ce ne sont les extrêmes ? La version révolutionnaire de gauche ayant fait long feu (le collectivisme n’est plus à la mode) reste la version droitière.
Mais pas le FN, plutôt sa version couleur « bleu marine » …

Ce glissement n’est pas anodin. Si la forme statutaire est retravaillée, la parole des militants ou sympathisants s’affranchie de toute précaution oratoire.
Si pour la majorité des gens ce Rassemblement est une excroissance du FN, il s’agit, techniquement, d’un regroupement de mouvements souverainistes, comme le pratique le PCF et la formation de J.L. Mélenchon … à gauche.
C’est une question d’audience et de visibilité médiatique, l’union faisant la force et les économies d’échelle. Puisque peu de gens comprennent cette distinction, l’appellation fait croire à un petit jeu de mot , fort sympathique et frisant l’autodérision, suscitant la connivence.

Il s’agit pour les dirigeants de cette formation, impulsée par Marine Le Pen, de se présenter comme plus modernes, fréquentables et édulcorés (quitte à exclure, ou plutôt exfiltrer, les plus « intégristes » ) que la version plus connue et paternelle, canal historique, en quelque sorte.
Visiblement, pour les élections municipales, les candidats s’afficheront plus, à défaut de se faire exclure pour être plus extrémistes que le chef …

Maintenant, faute d’illustration par l’exemple d’actuelles municipalités appartenant à ce mouvement, il ne reste qu’à rechercher dans les archives.
Il se trouve des villes ayant déjà tenté l’expérience FN, dans les années 80-90, à savoir : Orange , Carpentras , Dreux , Marignane , Vitrolles , villes moyennes et Toulon , cinquième ville de France, excusez du peu …

A charge contre les électeurs, je dirais que c’est un peu trop ancien pour que les actuels aficionados du mouvement s’en souviennent, (d’ailleurs, le souhaitent-ils ?), qui s’empresseront de rétorquer, forcément de mauvaise foi, que c’étaient des élus FN « pur jus », rien à voir avec l’actuelle version « bleu marine ». Ce à quoi, je pourrais enchainer en expliquant que « dans nos campagnes » où l’étranger est aussi rare qu’un médecin généraliste, les résultats électoraux démontrent une montée en puissance de tous les mouvements à la droite de l’UMP, tendance « France forte » quand le FN n’est pas représenté …

Alors que s’est-il passé dans ces villes françaises ? Quel bilan ?
En faisant vite, dans les années 80-90 sous la présidence de F. Mitterrand, le vote par la proportionnelle est partiellement mis en place pour former les équipes municipales et pour renouveler les députés en 1986 .
Il se trouve qu’à chaque fois qu’une dose de proportionnelle est introduite, les partis extrêmes émergents, mathématiquement. C’est une question d’audience et de représentativité.
Donc, si le bipartisme est affligeant en terme de fidèle reflet de l’opinion nationale, la proportionnelle risque de faire apparaître des formations politiques confidentielles, extrêmes et parfois outrancières afin de se faire remarquer en période de crise économique ou de doute social.

La fin des années 80 et le début des années 90 ont été difficiles économiquement avec des conséquences sociales. Des pans entiers de l’économie étaient en pleine restructuration ou connaissaient des délocalisations.
Faute de projet social clair, les politiciens ont connu une désaffection des électeurs. Les partis d’extrême droite, n’ayant plus « servis » depuis la libération, profitant de l’inquiétude des plus démunis et de la cupidités de certains, ont prospéré sous le prétexte de vote de protestation, puis, face à une certaine banalisation médiatique, comme recours ultime et providentiel face à la menace anonyme d’un avenir incertain et cruel, selon la glose populiste.

Dans les villes gérées par le FN, les cours régionales des comptes ont relevé plusieurs tendances :
– Le refus d’augmenter les impôts malgré les besoins en financement des communes pour faire face à leurs obligations croissantes (délocalisation oblige).
– Le recours à l’endettement, à une époque favorable aux emprunts structurés.
– La confusion d’affectation des ressources entre intérêts collectifs et intérêts particuliers … relevant du favoritisme ou de l’enrichissement personnel.

Tout ceci est grave mais malheureusement n’est pas nouveau. Certains élus abusent des fonds publics, confondant les « porte-monnaies », les leurs avec celui de la collectivité ou les personnels publics avec les gens de maison. « Tous pourris ? », pas forcément mais admettez que cela devient plus difficile de se présenter comme « redresseur » de moralité et vouer aux gémonies les « autres » quand, soit-même, on « pique dans la caisse » … Cela n’empêchera pas les élus contrôlés de crier au complot d’Etat.

Toutes les villes précitées ont eu droit à leur contrôle des finances publiques, j’ai retrouvé différentes décisions :
– pour Orange qui afficherait un endettement préoccupant, une façon particulière de gérer le CCAS et les marchés publics,
Vitrolles qui aurait abusé des DSP et des SEM tout en s’endettant fortement.
Marignane aurait eu du mal avec l’intercommunalité et les économies d’échelle que cette dernière était censée lui procurer.
Toulon semble tenir ses comptes de façon amateur, subit des charges liées à l’exploitation de services publics par DSP ou fermage, et a des relations difficiles avec les associations, dont « jeunesse toulonnaise ».

Par contre, il y a un « côté obscur » qui n’apparait pas vraiment dans les analyses des magistrats de finances publiques. Il s’agit de l’attitude idéologique envers le monde du savoir, de la culture. Ce sont les magistrats judiciaires qui prennent le relai pour incriminer les dérives, question de compétences.

Ainsi, certaines manifestations culturelles, telles que les Chorégies d’Orange, le théâtre de Châteauvallon seront remises en cause directement ou connaitront des limogeages de directions, entrées en « résistance ».

A défaut d‘autodafés , trop connotés sans doute, les fonds des bibliothèques seront expurgés ou augmentés d’ouvrages révisionnistes ou tendancieux.
Les pressions sur d‘autres que les simples fonctionnaires territoriaux, seront également dénoncées et condamnées.

Désormais, lecteur, comme d’autres en leurs temps, il ne s’agira pas de dire demain « nous ne savions pas », d’agiter son téléphone, sa bougie ou un T-shirt lors d’une marche ou d’une commémoration afin de décider « plus jamais ça » parce qu’à la lecture de toutes ces sources mises en lien dans cet article, il y avait moyen de savoir, comprendre … et agir.

Fultrix.

PS: je viens de trouver dans ma boite aux lettres un trac en double page aux couleurs du FN « local » (un site internet sans local, justement, ni fédération départementale). Il s’agit d’un sondage pour connaître notre avis sur 12 points. A le lire, les réponses devraient permettre d’élaborer le programme de la liste candidate … Parfaite illustration de la démagogie !

Publicités

A propos fultrix

European civis sum ! Είμαι Ευρωπαίος πολίτης !
Galerie | Cet article, publié dans Chroniques, Politique, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s