Du canasson dans le bourguignon


Bon appétit« Nemo auditur propriam turpitudinem allegans » ! Voilà un adage que semblent ignorer certains acteurs de l’actuelle fraude alimentaire qui vont jusqu’à mettre en avant la menace sur l’emploi pour échapper aux conséquences de leur faute. (Tout sur l‘agrément sanitaire).

Le problème est bien plus vaste, hélas et constant, encore hélas.

Décidément, manger sans crainte et à satiété relève de l’utopie née après-guerre (celle de 39/45).
C’est pour nourrir vite et bien, pour en finir avec les tickets de rationnements (en circulation jusque dans les années 50, selon les produits), les gouvernements et le Commissariat général du Plan ont créé et soutenu l’industrie agro-alimentaire ( le soutient continuera avec la nouvelle banque de Ségolène).

L’idée alors était de nourrir le plus grand nombre avec des produits standardisés selon des normes sanitaires et industrielles.
Il fallait en finir avec les privations sans risquer l’Escherichia coli , la salmonelle, le botulisme, dans des produits tels que la viande, les œufs, les produits laitiers.
L’hygiène et la chimie devaient sauver le monde de la famine, rien que cela.

Le temps pour les pauvres de s’habituer à l’abondance, à la viande à chaque repas, aux grandes surfaces et à la diversification alimentaire que déjà des « chevelus » pas très « cools » dénoncent le poulet aux hormones, le veau aux anabolisants et autres stéroïdes ( sujet encore sensible malgré la levée de l’interdiction commerciale pour la viande américaine ). Il suffit de se souvenir des chanteurs engagés, parfois interdits d’antenne radiophonique d’état.

C’est donc dans les années 70 que les magasins bio (« la vie claire » http://www.lavieclaire.com/notre-philosophie.php bien avant Bernard Tapie ! Aujourd’hui les bio-coop ) apparaissent au grand jour. C’est encore à cette époque que s’élabore, sous la pression des associations de consommateurs, le droit des consommateurs, l’étiquetage des produits, la liste des additifs alimentaires.

A travers ces scandales, ce sont les coûts de production qui sont déjà pointés, au nom de l’abondance, de la variété, de la masse de produits pas toujours de saison pour une consommation de masse.

L’exigence de sécurité sanitaire pour bien nourrir le monde s’est transformé en risque sanitaire pour répondre aux exigences de rentabilité. Il ne s’est plus agit d’imposer des normes de prophylaxie « moderne » ou « pharmaceutique » plus efficaces que le simple chaulage (lire in fine) des murs des étables mais de trouver des solutions afin de produire au moindre coût pour augmenter les profits (cf. le coût/coup du « fromage analogue » qui vous vend une spécialité fromagère pour de l’authentique fromage ).

Visiblement, les raisons du « pourquoi » et du « comment » de l’agro-alimentaire se sont perdues dans les circuits de production et de consommation.
Cela explique mieux le scandale des farines animales mal chauffées (pour rogner sur les coûts, entrainant la vache folle, l’ESB), celui des diverses intoxications à la salmonelle, de l’Escherichia coli et aujourd’hui, celui du cheval vendu pour du bœuf.
Au rythme où vont les choses, si la nécessité a fait manger du rat ou du chat durant la guerre, la cupidité risque fort de nous faire manger du chien ou du porc « casher » … Je crois qu’il n’y a plus de limite.

L’absence de contrôles ( apprécier le discours du ministre de l’époque) ou de sanctions dissuasives (malgré les exigences du règlement communautaire n° 178-2002 pdf page 16 mais visant la sécurité bactériologique alimentaire) facilite le passage à l’acte « délinquant » : pas vu, pas pris …pourquoi ne pas continuer ?
Ce sont les petits plaisirs de l’optimisation de la réglementation !

Preuve s’il en est (mais qui a pensé à le relever ?) que le marché ne s’auto-régule jamais de lui-même ! Seule, la peur du gendarme permet de garantir le bon fonctionnement des circuits.
Avec cette viande saine (en principe) de cheval vendue pour du bœuf, nous touchons un nouvel aspect frauduleux.
Jusqu’à présent, c’était la qualité de la viande qui était objet de scandale (viande périmée ou avariée), aujourd’hui, c’est la nature même du produit qui est en jeu. Il a été vendu autre chose que ce qui était commandé. Et cela ne va pas être simple à trouver un test performant !
On vous fait prendre des vessies pour des lanternes !

Le plus étonnant se trouve dans la traçabilité des produits du pré au « pain de minerais » (l’appellation laisse rêveur ! Pour la définition du « minerais »et la quantité des contrôles prévus pour l’année 2013, à la recherche de l’Escherichia Coli 2500 pour toute la France ).

Pour les bovins, depuis l’épisode de la vache folle (en 1996 ) et maintenant (après un scandale en Irlande et en Grands-Bretagne, Findus fait des tests fin janvier et dénonce le 2 ou le 3 février, le décret date 05/02/2013 …) pour l’ensemble des bêtes de boucherie , la traçabilité débute à la naissance de l’animal avec une étiquette agrafée à son oreille doublée d’une fiche papier. La fiche suit l’animal dès sa sortie de l’exploitation. Mais, comme l’expliquait un éleveur à la télévision, passée la découpe en abattoir, la trace peut disparaître lorsque des morceaux sont vendus par sorte (abats, minerais) parce que les carcasses sont indifférenciées et indifférenciables. Nous passons de l’article défini à larticle partitif , comme disent les enseignants.

C’est là que le support de la traçabilité entre en jeu.
Ah, les gencodes , leur lecteur et toute cette belle technologie ! Illusion !
Quelle confiance accorder à un code à barres alors que l’objet référencé est inidentifiable visuellement ?!
Tout est dans le mot « confiance ».
Le système est sensé fonctionner parce qu’il table sur la sincérité.

Or, une procédure n’est rien sans le respect des règles et de l’esprit, du but poursuivi. Il faut que les papiers (ou tout autre support) soient les fidèles et sincères reflets de la matière tracée. Et rien n’est plus facile que de créer du « vrai-faux » passeport, de la comptabilité … alors du cheval fait bœuf !

L’obsession de la paperasse nous fait renoncer à la proie pour l’ombre, comme dans la fable .
Alors, avec l’affaire du cheval qui se prend pour du bœuf, la liste des intermédiaires est impressionnante (et l’étendue géographique aussi !) : un éleveur, un abattoir, un trader à la recherche de « matière » pour des grossistes qui rétrocèdent à des tiers, qui transformeront en tout ou partie la viande pour le compte de sous-traitants, qui traitent avec de grandes marques de l’agro-alimentaire qui se vantent dans des spots télévisés de respecter le terroir et de nous mitonner des petits plats « comme à la maison » en contrôlant l’ensemble de la filière de production … Foutaise !

Ce qui est également scandaleux, c’est le chantage à l’emploi qui semble se faire jour dans les sociétés soupçonnées de traficoter les étiquettes. Pour plaider leur cause, les salariés se retrouvent en première ligne, inquiets pour leur poste, parfois complices à leur insu (tout le monde n’est pas contrôleur des étiquettes et des codes à barre, un manutentionnaire de viande n’est pas un boucher ).

Et ce rapport de force n’est pas neutre économiquement, si j’en crois divers rapports , dont celui rédigé avec la nouvelle équipe gouvernementale en décembre 2012 (j’adore les intitulés du plan! ).

Quel est la véritable ampleur des dégâts pour cette crise ?
Tout ce qui n’est pas de la viande « débitée » sous nos yeux, ou presque, pourrait être sujet à remise en cause.
Tout le monde se focalise sur les magasins alimentaires, mais n’oublions pas les plats préparé dans les restaurants, en ville ou d’entreprise, les collectivités publiques (prison, hôpital, cantine scolaire) jusque dans les garnitures des plats (sauce tomates à la bolognaise « pur bœuf », boulettes, etc.).

Si j’en crois certains spécialistes, la crise devrait être d’autant plus « passagère » que les produits ne sont pas impropres à la consommation, comme si les gens n’avaient plus la capacité à s’indigner sur le contenu de leur assiette ( ou de celle des plus démunis ) issu des plats préparés, réchauffés au micro-ondes, en rentrant tard du travail, dans une banlieue lointaine … je grossis le trait à dessin mais tout de même !

Visiblement, les consommateurs ne comprennent pas ce qui se passe tandis que les entreprises, dans la tourmente, ne gèrent pas la communication comme il faudrait, si j’en crois les spécialistes .

Fultrix.

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Mises à jour en date du 10/03/2013 :
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Il n’y a pas que le cheval qui se mange, il y a aussi la girafe et d’autres bêtes …

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