Du mariage pour tous


J’ai longtemps hésité à aborder le sujet.
Je ne souhaitais ni tomber dans l’anathème, ni faire dans le sulfureux.
J’avais également des difficultés à comprendre les motivations de la demande spécifique entraînant celle de la filiation.
Faute de conversation sérieuse avec les personnes concernées, le PACS me semblait une réponse adaptée pour tous ses bénéficiaires, solution préférable à une simple indivision, mais sans doute perfectible.

La création du PACS posait intellectuellement un problème majeur : celui de son intérêt réel. Parce qu’après tout, le concubinage ou le mariage civil ne nécessitent plus d’énormes formalités. Il fut un temps ou se marier était « ringard », un truc de « bourg’ » et où, par anticonformisme, il était de bon ton de s’afficher « hors les liens sacrés du mariage », un truc fait pour la société et pas pour ceux qui s’aiment … Il fut un temps aussi, où le mariage induisait le passage chez le médecin (examen prénuptial), chez le notaire (pour les plus prévoyants ou les plus regardants, au choix …), devant le représentant du culte (sauf agnostiques), puis devant l’officier de l’Etat Civil. Toutes les formalités faites, vous aviez alors droit au banquet offert par les parents de monsieur, suivi de celui organisé par les parents de madame, le fameux « retour de noces »…

Le concubinage, comparativement, est une véritable « affaire privée », organisée à la discrétion de ses bénéficiaires, ignorée (et méprisée) du Droit.
Le PACS contient des dispositions d’ordre fiscal favorables et d’autres protectrices pour le pacsé survivant.
De fait, adieu le bel amour, bonjour la foire d’empoigne, la nécessité économique le disputant parfois à la rage ou à l’esprit de vengeance. L’économie, tout est là, avec les vicissitudes et la vulgarité de l’argent.

L’Amour, de son côté ne se décrète pas. Les lois et autres préceptes philosophico-religieux n’y changeront rien. Par contre, il intéresse bigrement les sociologues et les historiens du droit.
Parce qu’en fait, c’est à sa mesure que s’observe l’évolution de la règle civile.

Jusqu’à présent, le mariage était une affaire de contrat patrimonial induisant sa transmission/succession par filiation/hérédité. A tel point qu’il est convenu que l’héritier est le défunt (il est son continuateur) lorsqu’il accepte l’héritage (son bénéfice et ses dettes).

Là aussi, les règles ont évolué. Progressivement, les enfants naturels (issus d’un concubinage) puis les enfants adultérins (nés hors le mariage de l’un de ses parents au moins, l’enfant de la maîtresse selon l’imagerie d’Epinal) ont progressivement eu accès à part égale et en « concurrence » avec les enfants « légitimes ».

Avec le mariage pour tous, la loi permettrait à tous, au nom de l’Amour, d’établir une communauté, une famille, selon les inclinations du cœur, « récompensées » par l’accès au patrimoine, la sécurité sociale et financière du sentiment primant sur l’accumulation des richesses, continuatrice/prolongement de la personne. Il s’agit d’inverser les priorités : l’immortalité du sang ancestral face à l’immortalité du sentiment individuel. C’est la place de l’Homme dans son rapport au monde et au groupe qui bascule. Ce n’est plus l’individu qui bénéficie d’une place dans la société mais l’addition d’individus qui organise et reconnaît le droit de chacun.

J’ai cru un moment que ce texte ferait basculer notre droit universaliste dans celui du communautarisme, nous renvoyant lamentablement dans les temps claniques ou catégoriels déjà portés par l’Histoire.
En effet, pour s’opposer au texte, certains annoncent que cela « n’intéresse » que 2500 personnes, tout au plus. Les dispositions légales seraient donc « catégorielles », donc, non « universelles », donc contraire à la constitution.
Euh… , par pur esprit de polémique, je pourrais citer le cas de la peine de mort, avant 1981, où il y avait parfois (de mémoire) un ou deux cas de peine capitale et autant de demandes de grâce, par septennat …

Ce qui démontre, à mon sens, qu’une loi n’est universelle que si elle profite globalement à l’ensemble de la société.
Poussons le raisonnement plus loin.

Plus de couples (qu’importe le genre de ceux qui le composent) laisse espérer plus d’enfants (qu’importent les modalités de procréations) donc plus de citoyens, de consommateurs pour faire tourner les services publics et les commerces.

Au début du 20ème siècle, les gouvernements et les hommes politiques se plaignaient du manque d’enfants.
Au début du 21ème siècle, la société allemande manque cruellement de jeunes générations parce que la structure familiale exige une absolue abnégation à la mère de famille au point de faire renoncer à la maternité les femmes en âge de concevoir …

Il se pourrait donc que l’évolution du droit traduise plutôt l’évolution de la place de l’Homme dans sa conception du monde.
En renonçant à l’exclusivité de la loi « naturelle » (1 homme+1 femme=1 enfant) pour l’organisation de la famille (parce que dans les faits, nous n’y échapperont pas, « in vivo » et « in vitro » faut-il vous faire un dessin ?!) et en aménageant la dévolution successorale, l’Homme renoncerait à Dieu, notre « Père à tous ».

En pratiquant une certaine « psychologie de café du commerce », le mariage homosexuel serait psychologiquement une façon de « tuer le père ».

« Reste » le problème de la gestation pour autrui, plus que celui de la fécondation in vitro.
Pour le coup, le recours à la mère porteuse est interdit aux couples, sans discrimination.

Tout le monde est-il prêt à l’accepter ?

Fultrix.

Et tandis que nous envisageons le mariage au parlement (alors que la dépénalisation de l’homosexualité date de 1982, en France), d‘autres pays envisagent la peine de mort pour les homosexuels …
Mise à jour en date du 08/01/2013 :
Comment ajuster la jurisprudence et la loi sur ce fameux mariage, l’adoption et la filiation (loi à venir au printemps) quand la CDH en mars 2012 reconnait comme non discriminant le refus d’adoption simple pour un couple de femmes ?
Mise à jour en date du 11/01/2013 :
Une excellente analyse du discours croisé, à défaut d’être dialogué, entre les « anti » et le ministère …
Mise à jour en date du 16/01/2013 :
A défaut de conversation avec ceux qui sont concernés par le projet de loi, voici un témoignage qui mérite d’être relayée.
Mise à jour en date du 22/01/2013 :
L’étude du sujet par Maître Eolas, surtout pour la capacité à adopter.
Mise à jour en date du 18/04/2013 : Quand la violence devient un moyen pour contrer le travail parlementaire, expression de la volonté nationale, issue d’élections démocratiques.
Mise à jour en date du 23/05/2016 : Sur la notion de « famille » à l’époque mérovingienne, autant dire dans la première partie du moyen-âge.

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A propos fultrix

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Un commentaire pour Du mariage pour tous

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