Hospěs, Hostiă, Hostis, Hostus (3)


(Suite des articles précédents … ici et )

ou  De la médecine libérale et de la CPAM

Depuis cet été, une nouvelle fièvre s’empare du monde médical.
L’actuel gouvernement (et la presse) fustige les dépassements d’honoraires en général et tente de les contenir avec le coefficient multiplicateur couperet, négocié (entre les professionnels, la CPAM, les complémentaires et les syndicats) ou imposé (par la loi).
Les parties prenantes tentent, chacune à son profit, de limiter les contraintes. Les annonces de reports de signatures, malgré le dépassement du temps imparti aux négociations, sont symptomatiques de la difficulté de l’exercice.

Pour résumer, sans chercher à départager, les positions de chacun sont particulièrement tranchées et visiblement inconciliables.

Les patients voient les frais médicaux augmenter, à l’hôpital (forfais, supplément pour chambre simple …), le pharmacien (déremboursement divers), chez les médecins de ville (dépassements d’honoraires). Ils subissent également la désertification médicale (géographique ou spécialités professionnelles).

Les médecins revendiquent également. En parcourant les blogs, selon les spécialités, les thèmes varient : honoraires bloqués depuis dix ans, difficultés d’installations, hypocrisie des confrères cédants, l’Ordre, les relations tendues ou kafkaïennes avec l’administration.

Dans le secteur hospitalier, moins exposé à la perte pure et simple de son emploi (fermeture de cabinet, réelle ou fantasmée), de son capital pour la retraite (cession de parentèle), ce qui préoccupe, ce sont les relations avec les patients (consommateurs d’hôpitaux ou de spécialités), les cas de conscience professionnelle (un médecin n’est pas Dieu), sans oublier l’Ethique ( conflit d’intérêt au sein d’agences gouvernementales, avec des laboratoires …). Après tout, le secteur a connu ses propres tourments avec l’Agence Régionale/Nationale de Santé et la tarification digne du secteur privé (T2A).

Bref, tout le monde souffre. Là réside la nouveauté.

Dans cet océan de malheur, chacun a tendance à voir ses soucis prioritaires.
Prenons le cas d’une pharmacie.
Trois contraintes pèsent sur elle.
L’installation est onéreuse : peu d’emplacements au prix exorbitant pour le jeune diplômé. C’est le vieux système de la charge de l’ancien Régime, sous couvert de sécurité sanitaire.
L’emplacement est donc primordial : ville ou campagne, quartier difficile ou aisé, avec une population réclamant des soins attentifs et constants, ou pas, conditionneront les revenus.

Nous sommes loin de la philanthropie.

En cas de fermeture, les patients sont touchés mais le sort du professionnel n’est pas plus enviable. Il doit éponger ses dettes, retrouver du travail alors que le secteur hospitalier « dégraisse », que les laboratoires délocalisent, que les officines disposent de leurs équipes. Cette difficile reconversion est nouvelle pour ces grands diplômés, trop spécialisés, trop notabilisés.

Un comble.

S’il est couramment admis, surtout chez les « élites », et avec toute la cruauté de la discrimination sociale sous entendue, qu’une population active faiblement diplômée n’a aucune chance de conserver son travail en cas de mutation économique, cela l’est moins chez des super-diplomés. Quand les diplômes à forte valeur ajoutée ne protègent plus, il faut comprendre qu’il existe une profonde mutation socio-économique. Le modèle change au point d’entraîner un bouleversement socio-politique.

La « Révolution » n’est pas loin si toutes les catégories de la population n’y trouvent plus leur compte dans le contrat social.
Alors que chacun des acteurs tire la couverture à lui afin de ne pas perdre ses « avantages acquis », il serait préférable d’unir les compétences, accepter pour chacun des renoncements et des contraintes afin qu’un système cohérent et protecteur pour tous fonctionne durablement.

A ceux qui prétendent financer leur propre protection médicale, voici un exemple qui devrait faire réfléchir.
Dans les années 80, les personnes ne bénéficiant pas de la couverture sociale, faute de cotisations prévues, pouvaient « acheter » leur inscription à la CPAM, moyennant 135 000 Fr.
Il semble que le dispositif ait disparu, si j’en crois le site AMELI.
Donc, pour arrondir, histoire de croire que cela compensera l’inflation, en applicant le Coefficient de transformation du franc d’une année en euro pour 2011 de l’INSEE cela représente environ 34 000 €.
Reporté au mois, nous aurions donc 2 900 €, à peu près, à verser par mois.
Qui peut se permettre de verser une telle somme quand on évalue le salaire moyen mensuel à 2 000 € ?
Ceux qui, à l’époque, bénéficiaient de ce régime étaient les dirigeants d’entreprise patron de leur boutique, donc en situation incompatible avec le salariat.

Puis, une disposition légale leur permit d’améliorer leur sort et de « profiter » d’« avantages » fiscaux. ( par les bons soins de la loi Madelin du 11 février 1994 ). Et ce sont ceux-là même qui ont obtenu un aménagement (j’allais écrire « un passe-droit »), disposant en principe de ressources financières plus favorables, qui exigent des réductions drastiques des charges sociales pour les plus bas salaires ! …

Comment un salarié « ordinaire » pourrait-il se payer une telle protection ?

Fort de ce double constat ( le coût d’une affiliation et les frais de santé), comment ne pas trouver « déplacé » ou « indécent » les récriminations des plus nantis tandis que d’autres renoncent à se soigner ?

Fultrix.

Pour comprendre que le monde médical est partagé sur l’appel à la grève des chirurgiens, libéraux, principalement.
Le code de Déontologie a été modifié le 7 mai 2012.
J’admets avoir un faible pour la nouvelle rédaction de l’article R. 4127-83 II du code de déontologie :
« II. ― Un médecin ne peut accepter un contrat qui comporte une clause portant atteinte à son indépendance professionnelle ou à la qualité des soins, notamment si cette clause fait dépendre sa rémunération ou la durée de son engagement de critères de rendement. »
Par contre, rien n’empêche les honoraires disproportionnés … ou l’intéressement par la détention de parts sociales ou actions dans la structure …

L‘étude comparative des rédactions avant et après réforme du code de déontologie médicale, incluant les demandes de l’ordre est intéressante, la lecture des mots-clefs de leur site aussi …

Pour avoir une autre idée sur l’hôpital.

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A propos fultrix

European civis sum ! Είμαι Ευρωπαίος πολίτης !
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