Les usagers de la Démocratie


ou, les affres de la Démocratie.

Depuis plusieurs mois, un sujet me taraudait : pourquoi la Mairie, dans son journal de printemps, sollicite-t-elle les citoyens pour tenir les bureaux de vote et en faire des « assesseurs » selon le terme consacré ?

Pour faire simple, il est proposé aux électeurs de participer à la tenue du bureau de vote sous la houlette du président du bureau (ès qualité : article R43 du code électoral – attributions : article R49 même code).

Mon mauvais esprit et la regrettable pratique de la langue de bois politicienne me faisait douter du beau discours sur la participation citoyenne à un de ces merveilleux temps fort de la Démocratie que constituent les élections … Foin de l’envolée lyrique !

Les employés municipaux protestaient contre la fin de la « réquisition d’agents » et de la prime couplée au service. J’ai alors cru à une mesquinerie budgétaire.

Pourtant, connaissant le côté tatillon pour le bon respect des procédures de l’équipe municipale, j’ai préféré consulter le code électoral.

Et j’ai bien fait.

En aucun cas, il n’est prévu une tenue des bureaux de vote par du personnel municipal, réquisitionné. Ce temps fort de la Démocratie s’exerce par le seul dévouement citoyen des administrés, sous le haut patronage d’un élu, propulsé président de bureau de vote. La réquisition est un dévoiement du système pour faire face au manque d’implication citoyenne.

Relisons l’article R44 du code électoral :
« Les assesseurs de chaque bureau sont désignés conformément aux dispositions ci-après :
– Chaque candidat ou chaque liste en présence a le droit de désigner un assesseur et un seul pris parmi les électeurs du département ;
– Des assesseurs supplémentaires peuvent être désignés par le maire parmi les conseillers municipaux dans l’ordre du tableau puis, le cas échéant, parmi les électeurs de la commune.
Le jour du scrutin,
si, pour une cause quelconque, le nombre des assesseurs se trouve être inférieur à deux, les assesseurs manquants sont pris parmi les électeurs présents sachant lire et écrire le français, selon l’ordre de priorité suivant : l’électeur le plus âgé, puis l’électeur le plus jeune. »

Or, depuis plus d’une décennie, le dévouement, l’abnégation, l’action désintéressée, le bénévolat au bénéfice de tous ne sont plus des valeurs portées par le plus grand nombre. Combien se réclament de l’esprit « communautaire » par rapport à ceux qui s’engagent véritablement ?

Nombres d’associations cessent leurs activités, faute de membres investis à l’année … mais je digresse, encore que …

Aussi, entre l’appel municipal, la grogne du personnel (sur fond de rivalité et querelles de personnes ) et le code électoral, je me suis retrouvée plongée dans un abîme de perplexité, au point de mettre sous le coude une chronique électronique …

Mais par la grâce des observations du Conseil Constitutionnel récemment publiées, tout s’éclaire. Gloire et louanges aux Sages de la rue Montpensier !

En effet, ces spécialistes des institutions déplorent la désaffection pour la chose publique et recommandent un fort rappel à la loi aux municipalités. Celles-ci doivent é-du-quer leurs administrés quant au bon déroulement de la pratique du scrutin.

Parce que la Démocratie (Demos=le peuple, Kratos=le pouvoir) s’exerce pour le Peuple, par le Peuple …
Hum, cela sent bon la rhétorique de gauche … C’est beau, il ne manque que les Grands Soirs avec les Lendemains qui chantent …

Il faut donc pour cela que le Peuple se prenne en main, s’autogère en quelque sorte.

Le seul soucis est que le Peuple est devenu un « usager ». Il n’agit plus, préférant payer pour obtenir un service, public.

D’ailleurs, le tract syndical des municipaux est clair là-dessus : même au sein des partis politiques, trouver des assesseurs parmi les militants particulièrement actifs, relève de la gageure. Seule une dizaine d’administrés (pour 31 bureaux, soient 62 postes) s’est signalée en mairie alors que 380 agents municipaux, habitués depuis des dizaines années à pratiquer le temps électoral, avaient soumis leur candidature avant le changement de règle.

Misère et disproportion.

La morale de cette histoire relève que nous sommes bien les acteurs de notre vie. Un régime politique ne s’impose pas. Il se construit selon les ambitions des uns et l’implication des autres.

En « consommant » la Démocratie, plutôt que d’en être acteur, nous la faisons disparaître.

Fultrix.

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European civis sum ! Είμαι Ευρωπαίος πολίτης !
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