Le nouveau plateau technique de mille vaches …


Ce n’est pas nouveau mais cela progresse en Europe : les exploitations agricoles laitières hors sol.
Un reportage télévisé au journal a survolé le sujet.

Je vous plante le décors :
d’immenses hangars et quelques terres autours. Mille têtes de bétail réparties dans chacun auxquels s’ajoutent un hangar pour la traite et un autre pour la reproduction.
85 salariés pour faire tourner la boutique.

Les bêtes ne sortent jamais. Foin et compléments alimentaires leurs sont distribué en tant que de besoin. La salle de traite ne désemplie pas de la journée.

Vu la concentration du bétail, le milieu fermé, les exigences d’hygiène sont capitales : c’est le prix de l’élevage en batterie que connaissent bien les producteurs de volailles, lapins, cochons.
Il faut donc quel les bêtes soient tracées correctement. Le personnel est astreint à des règles de prophylaxie drastiques (tenues et passage en pédiluve) et il faut se montrer particulièrement vigilent à toute modification de comportement animal pour détecter une bête malade.

Déjà, cette exigence pose une difficulté : connaître l’ensemble du cheptel dont on a la garde dans ce hangar … 200 têtes par bâtiment.
Il faut également maîtriser la gestion des déchets : litière, lisier, carcasses. Ces dernières sont pour l’équarrissage, avec un coût. Par contre, la litière souillée se transforme en or-bleu avec la méthanisation.
Le gaz peut-être consommé sur place (pour la production d’eau chaude, production électrique par turbine au gaz) ou revendu au réseau.

Tout cela semble merveilleux sur le papier. C’est le soucis des belles théories.

Voyons ce qui peut détraquer cette belle mécanique, au quotidien.

Avec les animaux, d’abord.

Ils doivent être sanitairement irréprochables. Etiquetés à la naissance, le fichage informatique doublé de papier permet de les suivre à la trace et connaître leur passage dans divers élevages. Génisses et taurillons n’ont pas vocation à demeurer sur l’exploitation, simplement à déclencher la lactation des vaches laitières … En plus, ils ont une valeur marchande, futures laitières, tranches de steak ou reproducteurs (lien « le veau bio migrateur »).

En circulant, les bêtes sont au contact d’un tas de microbes, les incubent et se les transmettent. Toute la garantie de la maîtrise d’une possible épizootie passe par la traçabilité et la coordination des services vétérinaires … L’épisode de la pandémie d’Echérichia Colie en Allemagne laisse une désagréable sensation de risque non maîtrisé et d’une possible réitération. Et maintenant, nous entendons encore parlé de l’Allemagne avec le  Virus de Schmallenberg

Il faut espérer que la ventilation des locaux soit performante parce que des bêtes enfermées avec leur lisier, leur chaleur et le dégagement de l’ammoniaque, ce n’est pas sanitairement folichon …
Impossible de savoir par ailleurs, si des capteurs de thermies sont implantés dans les hangars.
Le traitement des effluents représente une grosse installation technique.

Avec le personnel, ensuite.

Soit 1000 têtes sur 5 hangars, cela fait 200 bêtes parquées, c’est-à-dire un troupeau complet pour une exploitation française de grande taille. Avec ses 85 salariés répartis sur les 7 hangars (5+2) nous avons 12 personnes par bâtiment ( alors que pour une exploitation ordinaire française nous en aurions plus tôt 5 ). Cela fait 16 vaches par employé … Cela peut être gérable pour la bonne connaissance des bêtes s’il y a véritablement une attribution du bétail à chacun. Or, les animaux sont libres de leurs mouvements et sont conduits par roulement à la traite. Je ne comprends pas trop comment il serait possible de les « individualiser » et donc avoir l’œil.

Et puis, encore avec l’exemple allemand de la pandémie d’E.C., il a un temps été envisagé une contamination des graines mises à germer à cause de la grippe d’un membre du personnel (par effet d’aérosol des microbes lors d’une quinte de toux ou par les mains, contaminées). Les médecins et les journalistes nous ont suffisamment parlé des possibles transmissions d’une espèce à l’autre, avec mutation génétique en sus, comme lors de la grippe H1N1 (porcine à l’origine).

Effluents , déchets  et lixiviats , enfin.

Les litières souillées sont stockées et ce déchet devient une source de profit via la méthanisation .
Selon les exploitations, le gaz produit est consommé sur place ou revendu aux voisins ou aux industriels.

Le soucis peut venir du processus de méthanisation lui-même. Parce qu’il s’agit de « cultiver » des bactéries qui transforment les déjections en gaz. Il ne faut pas que ces charmantes bestioles se sauvent ou mutent. Déjà qu’il y a des exigences pour l’épandage du lisier, il va falloir surveiller ce qu’il adviendra de ce bouillon du culture, surtout s’il y a un trop plein de cuve !

Les bactéries issues du tube digestif des bovins ne sont pas toutes inoffensives.

Donc, méfiance !

Dernier point, ce cheptel qui ne pâture pas, que mange-t-il ? D’où viennent les produits de nutrition animale ?

Certains éleveurs hors sol produisent la nourriture mais avec 1000 têtes, ce n’est pas forcément possible, trop de surface nécessaire. Il faut donc acheter, ailleurs, avec des risques de fluctuation des prix, de la qualité, d’approvisionnement, voire des achats de terres à l’étranger ?

Visiblement, quelque chose ne va pas.

Si, pour les journalistes, le problème vient des nuisances pour les riverains (réelles au demeurant), il me semble pourtant que c’est le choix économique lui-même, de type « danois », le soucis.

C’est la déstructuration de l’exploitation agricole : des vaches ici, des céréales, là et du lait transformé ailleurs. Une vraie petite entreprise qui va au plus rentable avec démembrement de l’activité, comme une multinationale.

Fultrix.

Pour aller plus loin sur les pratiques danoises : ici et
Pour les installations classées (dont la méthanisation ) : nouveau décret.

Mise à jour en date du 03/03/2013 : Un projet fait polémique dans le département de la Somme, en plein scandale de la viande de cheval vendue pour du boeuf …

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