De l’entretien exclusif au Figaro Magasine … de « vous savez qui » …


Je ne suis pas une lectrice de ce titre (Fig’Mag’).
L’invité de la semaine m’agace régulièrement.
Je me suis longtemps interrogée sur l’opportunité de lire l’article.
Finalement, et selon la vielle rengaine « il faut bien connaître son ennemi afin de mieux le combattre » , j’ai acheté l’édition complète.

Deux petits-déjeuners plus tard, crayon à la main et annotations parfois rageuses, j’espère avoir bien compris le propos qui résume l’argumentaire qui sera développé durant la campagne, les candidats étant maintenant au complet.

Pour le texte lui-même, c’est ici.

Les propos sont repris selon l’entretien lui-même, les commentaires sont à la suite, sans prétention d’ordonnancement.

oOo

 «Sous la Ve République, de tous les candidats potentiels à l’élection présidentielle, il en est un qui a plus de devoirs et moins de droits, c’est le Président. Il ne s’appartient pas. »

Là, je sens le souffle gaullien par excellence.
Pour quelqu’un qui avait choqué par sa tenue et ses propos en 2007, le virage est à 180°. Si le propos est noble, je m’interroge sur la conviction intime de son auteur.

Question du journaliste « Savez-vous quand vous annoncerez votre décision? »

La réponse se veut posée, réfléchie, fruit d’une intense et profonde introspection. Rien qui ne puisse avoir un quelconque rapport avec l’image d’un impulsif, d’un nerveux, d’un sanguin, d’un « agité du bocal » …

Il s’agit d’illustrer par l’exemple le propos précédent.

« Rien n’est plus important que de proposer des idées neuves aux Français. Des idées adaptées au monde d’aujourd’hui, non à celui d’hier. »

Donc, discrète allusion au PS forcément « préhistorique », « sclérosé » et sans renouvellement idéologique alors que le monde vit une mutation profonde, sans lien avec les temps précédents.
C’est malheureusement oublier un peu vite qu’en Histoire les événements s’enchaînent et s’articulent, non en linéaire ou en boucle mais en spirale (l’Histoire ne se répète pas, elle bégaie!).
L’Histoire et l’itinéraire de chacun font le lit de l’avenir.

De même, vouloir faire croire que la situation actuelle est sans précédent est une baliverne. Telle la crise de 1929, elle bouleverse largement les équilibres et les convictions. Si la gestion de la crise est différente, toutes deux ont une bulle immobilière, une période de déréglementation et des Etats en déséquilibre politique ou financier comme détonateur.

S’il ne manque que le conflit mondial pour purger le problème, nous assistons à la multiplication des conflits impliquant plusieurs drapeaux et coalitions.

Dans les deux cas, les écarts de ressources entre les extrêmes d’une même société civile sont particulièrement marqués. En France, le front populaire tentera d’y remédier, en 1936.

Et puis ce goût affiché pour « les idées neuves » me rappelle furieusement ces « managers » qui marquent leur entrée en fonctions par un bouleversement des méthodes de travail au seul motif d’asseoir leur autorité, souvent sans pertinence.

« il faut récompenser le travail et renforcer la considération qu’on lui porte. Il ne s’agit pas seulement de dire qu’il faut travailler pour réussir – c’est l’évidence – mais que le travail est une valeur en soi, nécessaire à l’accomplissement de l’individu comme à la cohésion de la société »

Ainsi, hors la reconnaissance économique, point de salut. L’Homme est une valeur, parfois une variable dont l’ajustement permettrait la stabilité dans la société civile !

Mais pour quel type de travail ? Le salariat, l’entrepreneuriat, voire le bénévolat associatif ?!

« Gloire au travail » En général, ce type de discours sort de la bouche de ceux qui le pratique le moins ! Parce que surtout, le travail fait référence au lien de subordination entre deux personnes. Pour l’une d’elle, la rupture de ce lien la prive de ressource, de reconnaissance sociale et peut rapidement la mener à la précarité et à la misère.

Et c’est là que l’assistance garantie par la société civile devient importante. Mais visiblement, ce point de vue n’est pas celui du chef de l’Etat puisque « Tout ce qui peut alléger le coût du travail, récompenser l’effort, le mérite, faire la différence avec l’assistanat, doit donc continuer à être mis en œuvre de façon systématique ».

Quand un assureur vous propose un contrat d’assistance (une aide contre une cotisation), c’est bien, quand la Nation organise une assistance (une allocation contre un prélèvement social) c’est mal ?

Nous avons pourtant un contrat social répondant à un intérêt général : ne pas abandonner les plus fragiles du groupe.

Mais bon, « Le chantier est immense tant l’habitude de déconsidérer le travail avait été prise dans notre société depuis le début des années 1980 ».

Effectivement, mon bon monsieur, plus que le travail, c’est le profit qui est glorifié dans le monde, dès les années 80, si j’en crois la filmographie de l’époque : « un fauteuil pour deux » en 1983, « 9 ½ semaines » en 1986, « Wall street » en 1987. Il n’y a pas que Mitterrand qui découvrit et s’enivra de l’argent et de la gloriole des entreprises, sous la houlette de monsieur Tapie, ses manières de bonimenteur et ses allures bling-bling …

« je suis convaincu du danger d’une société sans règle, sans contrôle et sans régulation » Page 32 du magazine, le journaliste a mis en exergue cette phrase.

Il est vrai qu’une société ne fonctionne bien qu’avec des règles, sinon l’anarchie menace. Par contre, de quelles règles parlons-nous ?

Celles du plus fort, économiquement, policièrement ?

En effet, une société peut très bien s’organiser brutalement avec des lois au seul profit des puissants. Elle peut, à l’inverse, placer l’ensemble de ses membres sous les mêmes obligations. C’est une question de choix, éminemment politique ! Marx et Engels l’ont théorisé, la Révolution Française l’a expérimenté.

Or, actuellement, en droit du travail, tout est remanié afin que les décisions les plus importantes soient prises au niveau de l’entreprise (et non plus négociées entre représentants patronaux et salariés), soit disant négociées entre les entrepreneurs (patron salariés ou non, question de taille critique et de poids économique sur la région) capables de mettre en jeu la vie de la structure pour que les salariés renoncent à tout (horaires, salaires) dans le seul but de sauver leur emploi. Les conflits chez Siemens , et tant d’autres  en sont l’illustration avec le désastre que l’on sait à chaque fois. Je vous recommande d’ailleurs une très intéressante étude pour le compte du CNRS.

Permettez-moi une digression.

Voici ce qu’est capable de demander une entreprise dans le secteur automobile, à l’un de ses directeurs (trouvé sur Linkedin) :

Objectifs (réalisation en 1 an 5 mois) : Renouvellement de l’outil industriel, optimisation des flux et rationalisation de l’outil industriel, augmentation des capacités de production, et gestion de la croissance, Culture du changement, élévation du niveau d’exigence (qualité, 5S, sécurité)

Objectifs ( réalisation en 1 an 7 mois) : Gestion d’un PSE avec fermeture de l’Activité Tourisme et 477 suppressions de postes. Gestion de la transformation industrielle et sociale du site: culture du changement, accompagnement du processus, élévation du niveau d’exigence, développement de l’employabilité, redécoupage du site, plan d’investissement pour renouvellement des moyens industriels de 50 M€ sur 3 ans. • Résultats: Gestion des conflits (2 mois) et négociations avec les Partenaires Sociaux (noms des syndicats). Clôture du PSE fin février 2010 sans licenciement. Amélioration de la rentabilité, ensemble des indicateurs en progression par rapport à 2008 malgré une sous activité importante (-40%), un renouvellement de 30% des effectifs et un plan social sur le site. Mise en œuvre des nouveaux procédés industriels.

Objectifs (réalisation en 1 an 5 mois ): Accroissement de la rentabilité dans un contexte de sous activité. Négociation d’un accord GPEC avec plan de redéploiement des effectifs. Négociation du statut collectif des salariés suite à absorption du site par (nom de l’entreprise). • Résultats : Restructuration de l’organisation industrielle, réduction des frais généraux de 30%, résultat opérationnel 2,5 fois supérieur à l’objectif, réduction de l’absentéisme à 2.3%, 0 Accident de travail avec arrêt, 280 PPM qualité, 0 MPM logistique. Statuts et accords signés par l’ensemble des partenaires sociaux.

Nous avons là le profil d’un poste de « nettoyeur ».

Fin de la digression.
D’ailleurs, le « droit du travail » n’est plus le « droit social du travail » depuis longtemps, notion trop gauchiste sans doute !

Par ailleurs, les contrôles s’acharnent plus naturellement sur chacun d’entre-nous plus tôt que sur les plus « profiteurs » ( lisez ce décret sur l’implantation des comités de rémunérations dans certaines sociétés ). Nous avons assisté à une multiplication des créations de fichiers et leurs croisements (pour la CAF et les services des impôts, les fichiers policiers – EDVIGE, CLARA- , la base « élèves »… ).

Pour ce qui est de la régulation des marchés financiers, c’est l’AMF qui se trouve compétente. Si au plus fort de la crise elle a décidé de l’interdiction des ventes à découvert, encore faut-il se rappeler de la faiblesse de son intervention d’autant plus qu’elle n’a plus cours depuis le 13 Février dernier un article de la Tribune, pour faire plaisir à Aliocha ) motivé par une moindre urgence de la situation mais aussi en forme d’aveu d’échec face à des moyens de substitution utilisés …

Nous passons alors au thème des 35H.

Autant le dire, les 35H sont un « système administratif, rigide et obligatoire et nocif ». Rien de tel que la négociation employeurs/employés avec le rapport de force que l’on sait, qui porte gravement atteinte à la notion de consentement « libre et éclairé » si cher au droit des contrats. Pourtant, le président de la République l’évoque mais pas comme un retour aux négociations issues de la loi Robien de 1996 .

Le contexte économique a bien changé en cinq ans et quand il est fait référence à l’Allemagne, sa réussite, sa flexibilité, les interlocuteurs oublient l’absence de SMIC et ses contrats à 400€ mensuels pour trop de salariés.

Il est également fait référence à la compétitivité, notion comptable du prix du produit sur le marché alors que le temps de travail doit prendre en compte la productivité, c’est à dire la capacité à fabriquer des choses en un temps donné. Il s’agit selon moi d’une confusion des genre, d’un procès de mauvais aloi, oubliant un peu trop vite qu’un français est plus compétitif qu’un allemand …

« La vraie réponse consiste à dire: si, dans l’entreprise, les salariés et le chef d’entreprise se mettent d’accord sur l’emploi, le salaire et la flexibilité, alors leur accord sera autorisé par la loi et primera sur le contrat de travail individuel »

Cela signifie que la loi est inférieure aux accords de branches, qui sont de valeur moindre que les accords dans l’entreprise qui valent bien plus que les contrats individuels de travail négociés et signés entre le patron et l’employé … Chercher l’erreur. (Sur la hiérarchie des normes, document syndical avec ce qui risque d’être induit comme rapport de force entre le contrat de travail et le pouvoir de l’employeur ).

« Travailler plus et gagner moins, c’est le contraire de la réhabilitation de la valeur travail. Je ne l’ai jamais proposé »

D’où la défiscalisation des heures supplémentaires !

Pourtant, c’est bien à ce « travailler plus pour gagner moins » que nous assistons. Et les faits sont têtus ! Certains secteurs économiques ont renoncés à la pointeuse devenue la moucharde auprès de l’inspection du travail de la non rémunération d’heures supplémentaires … Et rappelez-vous ce que des sociétés de stature internationale réclament : plus de temps de travail sans contrepartie salariale (cf.supra dans le paragraphe sur l’absence de règle), toujours dans le but de sauver les emplois, quitte à fermer dans les mois qui suivent, après avoir enfin inaugurer la nouvelle chaîne de production dans un pays « low cost » …

C’est alors que nous glissons vers le trou dans le financement des retraites.

Notez comme le passage est subtil : il faut renégocier le financement du travail mais aussi celui des retraites parce qu’il y a un trou dans les sous, comme un vulgaire découvert pas trop autorisé, comme pour les comptes des particuliers. D’ailleurs, le président reprend cette image « On allait chercher à la banque un argent que n’avait pas la Sécurité sociale. »

J’en ai assez d’être prise pour une idiote !

Les comptes de la Nation ne sont pas des comptes relevant de la comptabilité privée ou commerciale mais des comptes publics. D’autre part, le niveau des recettes diminue parce que les rentrées d’argent se tarissent avec les exonérations en tout genre, l’augmentation du chômage (un chômeur est un ancien salarié-cotisant) et la faiblesse des salaires (petit salaire, petite assiette).

« Tous ceux qui veulent remettre en cause cette réforme mentent aux Français », lui le premier, avec sa pensée unique (hors ma solution, point de salut), même si la cible est le PS. La suite du propos n’est que l’agitation d’un chiffon rouge pour susciter la peur chez les plus faibles (en revenus ou en esprit).

Puis nous avons un « grand moment » avec le RSA et « l’assistanat ».

Déjà, le mot est une insulte aux personnes en recherche d’emploi, parfois chômeur à la suite d’une délocalisation …
En plus, je relève en l’espace de deux paragraphes les propos mis en avant, tout en croyant faire avancer le débat.

Je m’explique :
La question du journaliste porte sur l’assistanat par lequel le RSA limite la misère et la privation de ressources sans parvenir au retour à l’emploi. Donc, c’est mal.
Cependant, le retour à l’emploi est « impossible » parce que le chômeur n’a pas la formation requise (c’est oublier les diplômés chômeurs … mais bon). Et en plus, ceux qui souhaitent se former sont à 75% recalés faute de place dans les centres. Donc, il est admis que ce n’est pas de leur faute.

Malgré tout, le président relaie, tout en réfutant cette analyse, la position d’économistes estimant qu’un chômeur indemnisé fait le difficile face aux propositions. Donc, c’est mal.

D’où la solution : obliger les gens à se former durant leur période de chômage pour avoir un travail qu’ils ne pourront pas refuser sous peine de ne plus être indemnisé (durant la formation et lors du premier poste proposé) …. mais sans expliquer comment remédier au 75% de manque de places… parce que c’est TROP COMPLIQUE … c’est à se demander qui n’a pas compris quoi !

Bref, le problème porte sur les centres de formations mais c’est de la faute du chômeur … C’est le sentiment qui reste de ce paragraphe alambiqué.

Pour mémoire, j’ai souvenir que le financement des formations continues ou celles des apprentis a déjà été revu dans deux décrets en mai 2011 dans le cadre du financement accordé aux PME-PMI …

Pour la complication, le fait est que l’Etat, pour l’Education Nationale, les départements, pour les collèges, les régions, pour les lycées, les chambres professionnelles (artisans et commerces) et autres AFPA ( sachant que l’AFPA dispose de nouveaux statuts depuis 2011 avec l’entré des Régions dans la structure) ,GRETA,CNAM. Et hop, une réforme qui risque de tout chambouler en profondeur, durablement.

« Si un consensus se dégage parmi les partenaires sociaux, cela ne sera pas nécessaire. Mais si les intérêts particuliers, les obstacles catégoriels s’avéraient trop puissants, il faudrait sans doute réfléchir à l’opportunité de s’adresser directement aux Français pour qu’ils donnent leur opinion sur ce système d’indemnisation du chômage et sur la façon dont on doit considérer le travail et l’assistanat. Je crois que la meilleure façon de surmonter des blocages dans notre société, c’est de s’adresser directement au peuple français. »

Donc, le référendum est une arme de gros calibre !

Ce qui ne peut pas passer par la porte, le sera par la fenêtre. Tout comme les lectures et votes en procédure d’urgence pour des projets de lois …histoire de transformer en chambre d’enregistrement le parlement, représentants élus des citoyens …

Avec le référendum, ce serait les syndicats des salariés qui seraient visés. Parce qu’il ne serait pas possible de leur imposer le point de vue officiel, un vote par des gens peu rompus aux négociations et à certaines subtilités fera l’affaire. Autre intérêt de la chose, si les gens grognent par la suite, il sera aisé de les renvoyer à leur vote !

L’entretien dure encore sur quatre pages, mais là, franchement, j’arrête.
Je suis écœurée devant tant de cynisme, de mensonges et de mépris.

Fultrix.

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European civis sum ! Είμαι Ευρωπαίος πολίτης !
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Un commentaire pour De l’entretien exclusif au Figaro Magasine … de « vous savez qui » …

  1. Cyrano et aprés l’envoi « je touche »

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