« J’en ai gros ! »


Premier samedi du mois de Décembre, marché de Noël du quartier, cinquième édition.

Etale du chalet en 2011

Comme chaque année, le comité d’animation élabore et participe aux marchés de Noël des quartiers de mon patelin. Il s’agit de solliciter les diverses associations et écoles présentes sur le quartier afin d’en faire la promotion et leur permettre de vendre des bricoles pour améliorer l’ordinaire des structures associatives.

Chaque année, un thème est trouvé pour donner une dynamique, une couleur, un fil rouge aux décorations et aux spectacles qui sont présentés.

Chaque année, le nombre des chalets diminue sur la place. Les associations n’y trouvent pas leur compte pour diverses raisons. Et pourtant, le chalet est gratuitement mis à la disposition des participants par la mairie !

Je vais vous parler plus particulièrement d’une association participante.

Il s’agit d’une association de parents d’élèves d’une école publique.

Cette APE existe depuis la création de cette école, elle même installée lors de l’érection de ce nouveau quartier, pavillonnaire et commercial, dans les années quatre-vingt-dix.

Depuis les années 2000, les présidents successifs et les membres de la structures assistent à la lente dégradation de leur activité, de leur recettes, de leur capacité à mobiliser parents et enseignants.

Les trois dernières rentrées se sont révélées plus difficiles car les membres « piliers » quittent un à un le groupe du fait du passage au collège de leurs enfants.

Lors des réunions de rentrée scolaire organisées par les enseignants, la présidente (mais aussi trésorière, et occasionnellement secrétaire, démarcheuse de lots, acheteuse de fournitures en tout genre …) a clairement expliqué tant aux parents qu’aux enseignants l’urgence d’organiser la relève et leur faire prendre conscience de la situation.

Parce qu’avec un budget d’environ deux mille Euros pour dix (ou plutôt désormais huit classes) permettant le financement de sorties en car, de visites pédagogiques, de matériels de bricolage, voir des périphériques informatiques, cela correspond à près de dix euros consacrés à chaque enfant.

  • «  Parents, êtes-vous prêts à rajouter cette somme, à multiplier selon la fratrie, aux cotisations versées aux coopératives scolaires, frais de serviettes de cantines, photos de classes et autres oboles réclamées à chaque sorties ? » demande la présidente.

Parce qu’avec ses parents bénévoles, la structure vit sans frais d’adhésion. Leur engagement est à géométrie variable, chacun empêtré dans ses contraintes de vie familiale ou professionnelle.

Parce que les animations mises en place tout au long de l’année demandent du temps, des démarches et de la place pour stocker boissons, babioles pour les lots et autres pêches à la lignes ou lotos associatifs.

Parce que la participation plus ou moins active ou militante de chaque parent ou enfant génère les revenus intégralement redistribués aux classes, diminuant le budget restant dû à solliciter auprès de la mairie ou des parents eux-même.

Cette somme globale permet de maintenir un certain niveau d’exigence en terme de qualité de l’enseignement. Ainsi, la bibliothèque scolaire est-elle la plus richement dotée de toute la place, parole de bibliothécaire, dans un quartier connaissant de plus en plus de cas difficiles.

Ceci posé, voici qu’à la rentrée de septembre, l’association s’est clairement demandé s’il fallait maintenir la participation au marché de Noël. La crainte était l’absence de produits à proposer à la vente. A force de discussions, d’argumentation, peut-être aussi à force de ténacité, pugnacité et capacité à convaincre et à force d’engagement sur le terrain, il n’y a pas eu de soucis de ce côté là. Les bricoleurs, les talents et les bonnes volontés ont été au rendez-vous et à la hauteur de l’événement. Comparé à l’achalandage des autres chalets, celui des parents ne déméritait pas.

pelote d'épingles

Pourtant, la recette a été aussi médiocre que l’an passé, réputé pour son exceptionnel grand froid. Des parents d’élèves trop rares à venir et absence remarquable, tant à la vente qu’à l’achat, de l’ensemble du corps enseignant.

Et en face, le chalet de l’école privée !

Indépendamment du contenu, les trois vendeuses présentes toutes au long de l’après-midi, malgré la petite pluie fine et le froid léger étaient des maîtresses. Les parents sont venus en masse, pour une bricole, ou plus.

Le contraste a été cruel !

Pour aggraver le découragement de l’équipe, renseignement a été pris quant à la réussite de la pré-vente de chocolats par la coopérative scolaire, gérée par les enseignants. Comme la commande a été prise en octobre, pré-payée, les chocolats sont actuellement mis sous « plis » et la livraison sera remise aux enfants la dernière semaine d’école de Décembre. Le produit de la vente représente la recette nette de la fête de fin d’année de juin dernier, organisée par l’APE.

Comment ne pas décourager l’action de ces bénévoles ?

Dès l’annonce de cette opération, il a été demandé aux enseignants de faire la livraison lors du marché de Noël, dans le chalet de l’APE, en vain, sans possibilité de connaître le motif de ce refus (enseignants « indisponibles » pour convenance personnelle, livraison retardée ou incomplète ? Mystère)

Pourtant, c’eut été un formidable moyen de levier, de promotion, de synergie entre l’école (bénéficiaire du dévouement des parents bénévoles et des fonds collectés) et les animateurs, une reconnaissance de l’énergie déployée à cette occasion.

Point de tout cela !

C’est un véritable gâchis, une insupportable occasion ratée et cela obère durablement la confiance envers le corps enseignant et l’avenir des enfants.

En effet, les enseignants ont perdu une incroyable opportunité pour créer un « esprit de corps » en affichant leur soutien au parents actifs, aux valeurs de l’école républicaine et laïque, creuset d’intégration et de promotion sociale, encore parfois.

Par cette attitude, les enseignants auront du mal à susciter un soutien inconditionnel lors d’un prochain mouvement, grève ou contestation quelconque. Comment pourront-ils légitiment réclamer la compréhension des « usagers » alors qu’en qualité de « prestataires » ils négligent ou méprisent leur public « captif », puisque l’école demeure obligatoire ?

Il s’agit-là, véritablement d’une profonde déception. Elle sera tenace. La présidente de l’association a bien eu beau jeu de l’expliquer, sans animosité à une des directrices, elle n’a reçu pour toute réponse ou explication qu’un « Ben, oui ».

Quel désenchantement !

Ceci est un terrible aveu d’échec, d’incompréhension des personnes chargée d’une mission du service public mais aussi l’aveu d’une démission, que j’espère réversible.

Fultrix.

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European civis sum ! Είμαι Ευρωπαίος πολίτης !
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Un commentaire pour « J’en ai gros ! »

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