« Le lien social » de Serge Paugam


Je viens de retrouver une fiche qui date du mois d’Août 2010 mais qui conserve toute son actualité, hélas! Je trouve l’ouvrage particulièrement éclairant sur les dysfonctionnements de notre époque.

oOo

Voici, résumée, la lecture d’un ouvrage intitulé « le lien social » de Serge Paugam, paru dans la Collection « Que sais-je ? », aux éditions des P.U.F , pour 9 €.

La notion de « lien social » est citée par opposition à celle de « l’individualisme ».

Le « lien social » est aussi associé à la notion de « société ».

S’intéresser à la société, c’est évaluer l’individu par rapport à ses groupes d’appartenance et à l’évolution de fond de la société.

En évoquant la « société » on débouche sur celle de « lien social » accompagné des mots « crise, renouer les liens…etc ».

D’ailleurs, le fait de parler de « crise » montre que quelque chose bouge, évolue, se modifie dans la société, justement. Parce que la ville évolue, la société aussi et à l’impression de voir la ville s’ouvrir (plus de monde, de tous horizon et de toute condition) la société, elle, se ferme ( demande de plus d’autorité, plus de surveillance policière, plus de contrôle social).

Or, une société humaine ne peut en aucun cas exister sans solidarité entre ses membres.

Chap1: L’interrogation sociologique

Les spécialistes de l’étude de la société travaillent sur deux notions :

La solidarité organique (née de la complémentarité des tâches du travail) et la solidarité mécanique (issue du clan).

Ces deux notions, basées sur les travaux de Durkeim, sont les fondements de la société républicaine du 19 et 20ème siècle, en France, avec pour conséquence « l’état social ».

Le fondement du lien social est la complémentarité des hommes au travail. C’est la division des tâches du travail qui permet cette nouvelle solidarité organique. En conséquence, la solidarité mécanique du clan, de la famille ou du village s’estompe, remplacée par cette nouvelle solidarité.

Tableau page 16.

De fait, nous avons un empilement de solidarités au fur et à mesure de l’évolution et la complexité/complexification de la société, un peu comme le cerveau humain à 3 étages (hypophyse, cerveau reptilien, cervelet).

Le paradoxe est que plus les tâches se divisent et se complexifient, plus les individus sont dépendants les uns des autres et organisent de nouveaux liens de solidarités alors qu’on aurait pu croire que l’hyperspécialisation retrancherait chacun derrière métier.

Le droit suit cette évolution avec la montée en puissance du droit restrictif (droit civil, commercial, administratif …) alors que le droit répressif (droit pénal) évolue peu.

Comme tout le monde dépend de « l’autre », il faut faire attention à chacun. De cette coopération et complémentarité naît la reconnaissance sociale pour la participation à la production économique.

La multiplication des liens ne ramollit pas chacun des liens. La multiplication fait la force car l’individu qui les a tissé est unique et non plus « interchangeable » comme à l’époque des liens mécaniques.

La première limite du système est que dans ce monde bien huilé (chacun sa fonction et sa place, choisie et spécialisée selon la personnalité unique), l’arrivée de gens aux valeurs et références différentes va être difficile à intégrer (migrants de tous horizons).

La deuxième limite est que tout repose sur le lien initial du travail. Le lien économique prime sur les autres. S’il se rompt, tout le reste s’effiloche plus ou moins rapidement.

Donc, dans la solidarité organique, l’individu mène sa vie, tisse des liens qui « l’enrichissent » de nouvelles compétences dont bénéficie l’ensemble du corps social. Tout est beau dans le meilleur des monde.

Sauf qu’il existe des dysfonctionnements, passés en revue.

Premier souci : l’anomie.

Lors de faillite d’entreprise ou de crise économique on observe soit une trop grande division du travail qui rend l’activité sans intérêt, soit une absence de travail. La fonction de chacun perd tout intérêt, chaque opérateur devenant interchangeable.

Deuxième souci : l’insatisfaction au travail.

Si les gens subissent leur travail sans choix de la fonction, s’ils sont bloqués dans l’évolution professionnelle, alors le sentiment d’injustice rend la situation inacceptable et provoque des rejets et de l’agressivité.

Troisième souci : l’intermittence du travail pourvoyeur de reconnaissance sociale.

L’intermittence empêche le tissage de liens car on a pas le temps d’être connu à sa juste valeur.

L’auteur fait alors observer que ces dysfonctionnements deviennent la norme. C’est là qu’est le vrai problème ! C’est aussi le signe que le monde a changé.

Pour Durkeim, face aux « dysfonctionnements » il existe des solutions : la mise en place de règles, fixées par le pouvoir politique ou par le groupement professionnel (syndical ou corporatiste).

La montée en puissance de l’Etat est le corrolaire de la modernisation de la société. Le remettre en cause c’est détricoter la société et ses liens. Le rôle de l’Etat est de fixer des règles supportables pour tous : autorité morale, autorité éducative.

Chp 2 : Solidarisme et lien social

A rendre tout le monde solidaire pour le travail à faire entraine une solidarité hors le travail, face aux risques de la vie (santé, travail, retraite …). L’ensemble du groupe a intérêt à soutenir l’ensemble de ses membres.

Cela sera profitable aux plus démunis. Il faut des règles générales pour le bien être de tous. C’est la notion d’intérêt général et d’universalisme .

Nous passons ainsi de la notion de lien social à celle de solidarité. Cette évolution s’est traduite par l’accès au pouvoir de Léon Bourgeois et l’intégration en droit français des lois sur la protection sociale.

Selon ce système, nous sommes tous créanciers et débiteurs envers les autres, à titre individuel et collectif pour le passé, le présent et l’avenir. C’est la notion d’intergénération, comme l’évoque aussi A. Supiot dans son livre « l’esprit de Philadelphie » page 160 et suivantes.

Il faut mutualiser les risques sans pour autant instaurer le collectivisme. La mutualisation des risques permet de dégager de l’énergie et des moyens pour des prises de risques dans d’autres domaines.

L’idéal est d’instaurer un système de type nordique pour trois raisons :

*vivre en société ce n’est pas vivre les uns à coté des autres mais vivre avec les autres. Cela développe la conscience sociale débouchant sur l’unité nationale.
*Rechercher la démarchandisation de l’humain fait que le montant cotisé n’est plus la référence à la solidarité reçue.
*La notion de citoyenneté s’enrichit du volet « social ».

Cette protection générale de tous pour tous permet à chacun de faire plus de liens mais aussi d’être plus attaché à la société elle-même pour les avantages qu’elle dispense, à moindre frais.

Chp 3 : Du lien social aux liens sociaux

Le lien social permet les liens sociaux mais il ne faut pas se tromper devant la pluralité des liens. Il en existe de deux sortes : les liens concentriques (autonomie restreinte pour un individu à l’autonomie limitée autour du clan, village, pays) et les liens juxtaposés (où l’individu est le seul point commun à divers groupes avec lesquels il tisse des liens).

La juxtaposition des liens permet la mouvance et l’ajustement.

Elias, lui, fait évoluer la formation des liens par les émotions. Il explique qu’avec l’évolution de la société nous sommes passé de la répression du groupe sur l’individu à l’autocontrôle ou autocensure.

Il préfère également l’image du tissu pour parler du schéma des liens pour mieux expliquer la juxtaposition. De la sorte, il est plus facile d’expliquer certains problèmes ou dysfonctionnements. De plus, avec la notion d’émotion il devient facile de comprendre la notion du « nous » dans un discours sur un groupe dans lequel l’individu est partie prenante ou non, via la symbolique des emblèmes.

L’émotion et l’affectif permettent enfin de mieux comprendre l’effilochage et les déséquilibres engendrés par la rupture d’un des liens.

C’est là que s’articule la notion de protection avec celle de la reconnaissance (conformité d’action à la pensée du groupe pour ne pas subir la réprobation et donc espérer la reconnaissance) pour expliquer la formation du lien.

« Compter sur » vaut « protection » de l’individu face aux aleas de la vie grâce à ses liens.

« Compter pour » vaut « reconnaissance sociale », regard favorable du groupe sur l’individu.

C’est là qu’entre en jeu le « nous ».

Il se retrouve dans les différents types de liens (filiation, affinité élective, lien organique, citoyenneté). Un tableau, page 64, le résume.

Ces liens contiennent deux aspects : la protection et la reconnaissance.

Le lien organique est à la base de tous les autres. Il induit celui de citoyenneté. Cette source unique est un problème : il faut avoir du travail pour être.

Aujourd’hui, des comportements analysés comme des dysfonctionnements deviennent la norme : le management « agressif », les flux tendus de marchandises, les révolutions technologiques.

La citoyenneté vise à rendre égaux en droits et prétend un traitement équivalent pour tous, avec les droits civils, politiques, sociaux.

La souveraineté du citoyen révèle la notion de reconnaissance et l’égalité démocratique démontre la protection via l’éducation et le secours.

Tout bascule si la reconnaissance de la citoyenneté devient à géométrie variable.

Chp 4 Fragilités et ruptures

A force d’être libéré des contraintes grâce à la multiplication des liens, certains viennent à penser que l’individu est fort par lui-même. Du coup, ils veulent réduire les protections. Sauf que l’abaissement de la protection entraine celle de la reconnaissance. C’est également l’amoindrissement de l’Etat garant de l’éthique qui alimente chaque groupe et chaque lien. Puisque tout tient à partir du travail, un dysfonctionnement devenu la norme entraine une crise salariale. L’insécurité gagne la population active alors que c’est elle qui auparavant disposait de la sécurité.

La solidarité laisse la place à l’assistanat avec la notion de coût et une vision dévalorisante.

Cela entraine l’effilochage du tissu social, comme le montre le tableau page 89.

L’auteur observe que pour faire face efficacement, tout se joue dans le lien de filiation, seul capable de développer et encourager la confiance en soi et la capacité à créer du lien. L’école n’aide pas et de plus en plus fige les situations.

Même le travail qualifié est dégradé, perd de sa reconnaissance.

Chp 5 les nouveaux défits

Rien de neuf !

Il faut refaire le lien social qui est détricoté en France depuis la fin des années 1990.

Il faut favoriser l’universalisme.

Il faut revoir la protection et la reconnaissance au travers du travail et de l’Etat …

Etonnant, non !?

Fultrix.

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