De la ( mauvaise ) chrématistique commerciale.


Depuis près de trente ans, aux USA puis en Europe, des mouvements idéologiques, sociologiques et culturels s’imposent, à mon plus grand regret.

Pourquoi ?

Parce qu’ils sont rétrogrades et économiquement destructeurs tant pour la vie des populations que pour les ressources.

Quels sont-ils ?

Je vous les énonce, en vrac :

Les politiques de Reagan et Thatcher, la branche écologique décroissante, le jeunisme, les fonds de pension, la mondialisation libérale, une certaine forme de ségrégation et d’ostracisme politique ou citoyen, le consumérisme, la casse de la construction européenne, les dernières guerres en orient (de l’Irak à l’Afghanistan)…

Et j’en oublie certainement, tant je fulmine !

Bref, je suis en colère, d’autant plus que, jusqu’à ces derniers jours, je ne parvenais pas à mettre un mot sur ces maux, sources de malheurs planétaires.

Maintenant, je tiens le « coupable »/ je tiens mon diagnostic : il s’agit de la chrématistique !

Nombreux sont ceux qui la pratiquent, qui en souffre, sans le savoir, comme ce bon monsieur Jourdain.

Le mot semble imprononçable.
Il est grec.
Nous le devons à Aristote.

Retenez bien l’origine géographique, cela ne manque pas de sel, à la lecture de l’actualité. Il se pourrait bien que le système explose là où il a été inventé, une sorte de boucle bouclée, un cycle historique … mais je digresse 🙂

Gloire à Aristote, donc !

Dans « Ethique à Nicomaque », Aristote explique qu’il faut pratiquer la réciprocité dans les relations économiques, au nom de la justice, comme l’enseignent les Pythagoriciens. La difficulté de la réciprocité est que les choses du commerce n’ont pas toutes la même valeur (la commensurabilité). Effectivement, une paire de chaussures ne vaut pas une maison … comme nous cite en exemple le philosophe !

D’où cette merveilleuse invention qu’est la monnaie. Elle permet la commensurabilité des choses.

Voilà pourquoi on donne à la monnaie le nom de νόμισμα (devise), sur la racine νόμος, usage, convention; c’est elle qui rend tous les objets commensurable puisqu’ils peuvent être évalués en monnaie.

et voilà pourquoi on lui a donné le nom de νόμισμα [nomisma] parce qu’elle doit son existence à la loi, νόμῳ, [nomo], et non pas à la nature, et qu’il dépend de nous de la changer, et de lui ôter son utilité.

Au reste , l’argent lui-même est sujet aux mêmes vicissitudes [que la denrée]; car il n’a pas toujours une égale valeur : cependant il en conserve ordinairement une plus uniforme. Voilà pourquoi il convient que toutes les choses aient un prix déterminé : car de cette manière les échanges pourront toujours avoir lieu ; et ce n’est que dans ce cas qu’il y a commerce et société.
(Je cite !)

Pour vivre en bonne harmonie, les Hommes doivent se comporter de façon libérale, c’est à dire être capable de donner et recevoir.

« L’homme modéré a l’appétit des choses qu’on doit désirer, de la manière dont elles doivent l’être et au moment convenable, ce qui est également la façon dont la raison l’ordonne. »

Celui qui écoute ses envies, plutôt que son devoir et la Vertu, est déréglé (privé de règle).

« Nous étendons encore le terme dérèglement aux fautes commises par les enfants, fautes qui présentent une certaine similitude avec ce que nous avons vu. »

Nous passons ainsi du dérèglement à la concupiscence «  c’est ce qui aspire aux choses honteuses, et dont les appétits prennent un grand développement ».

Le contraire du Libéral est l’Homme parcimonieux.

Sa description est édifiante, jugez-en plus tôt :

La parcimonie définit l’avidité de l’argent, « une avidité plus grande qu’il ne convient » (dixit Aristote)

Il s’agit d’un vice incurable, liée à âge … Une sorte de sénilité !

Elle s’exprime « dans le fait de donner et l’excès dans le fait de prendre ».

Il semble que ce dysfonctionnement soit cantonné à certaines activités bien circonscrites.

« c’est le cas de ceux qui exercent des métiers dégradants, tenanciers de mauvais lieu et toutes autres gens de cette espèce, usuriers prêtant de petites sommes à gros intérêts, qui tous recueillent l’argent de sources inavouables et dépassent toute mesure. Leur vice commun, c’est manifestement une cupidité sordide, puisque tous, pour l’amour du gain, gain au surplus médiocre, endurent les pires avanies. Cependant le joueur, le pillard et le brigand rentrent dans la classe des parcimonieux par leur sordide amour du gain, car c’est en vue du gain que les uns comme les autres déploient leur habileté et endurent les pires hontes, les voleurs s’exposant aux plus grands dangers dans l’espoir du butin, les joueurs réalisant des gains au détriment de leurs amis, pour lesquels ils devraient plutôt se montrer généreux. Ainsi les uns et les autres, en voulant réaliser des gains d’origine inavouable, sont poussés par un sordide amour du profit. »

Donc, la chrématistique commerciale (de chrèmatistikos, qui concerne la gestion ou la négociation de affaires, plus particulièrement celles d’argent ; ta chrèmata, les richesses ou deniers) se concentre sur le seul commerce. Aristote la rejette et la méprise car comme tous les « Antiques», il estime que seules la terre et l’agriculture sont nobles et dignes.

Mais une autre raison explique son aversion : son « égocentrisme ». De moyen, l’argent devient une fin. Il considère alors le phénomène comme « déviant ».

Face au dérèglement, à la déviance, il faut des règles strictes, des « garde-fous ».

Or, en nous penchant sur l’histoire récente, nous observons que des gouvernements dit « néo-libéraux » ont procédé à la déréglementation de nombreux secteurs de l’économie et qu’il en résulte de nombreux dérèglements, entraînant des crises à répétition.

Le mot libéral a été dévoyé. Il y a donc usurpation et détournement du vocabulaire, au profit du « novlangue ». L’intérêt commun, ce souverain bien, est détourné au profit d’intérêts privés bien compris et bien servis, sous couvert de statistiques et de rapports d’experts, présentés comme étant « la seule solution » .

Si l’économie s’apprenait, au XIXème siècle, par la logique littéraire, désormais elle se prêtend une science « exacte » et n’a plus rien « d’humaine ».

Pour prouver de ce détournement, des économistes rédigent des ouvrages.

C’est ainsi qu’en 2004, John K. Glabraith dénonce « les mensonges innocents de l’économie » (lien sur ma fiche de lecture), qu’en 2010, l’économiste américain Joseph Eugene Stiglitz publie Le triomphe de la cupidité et que le québecois Omar Aktouf parle de trahison chrématistique.

Si l’argent a de la valeur, s’il doit présenter une certaine stabilité afin de permettre le commerce et la société de fonctionner, alors que faut-il penser de l’attaque sur les monnaies (du temps du SME ou de l’Euro), sur les dettes souveraines, avec ces spéculateurs qui gagnent même quand les cours chutent parce qu’ils disposent d’outils pour jouer à la baisse (sans oublier les CDS) ?

Il s’agit, à mon sens, d’un crime contre l’Humanité, au profit de l’argent pour lui-même.

Concernant les métiers dégradants actuels devant être encadré, nous assistons à une tentative de mise au pas :

  • des banquiers, depuis la crise des subprimes,
  • des agences de notation, avec la crise des dettes souveraines,

Il est regrettable que soient oublié les fonds de pension, certains gérants de patrimoine, les sociétés multinationales ou non, qui délocalisent, et les gouvernements qui répondent à leurs exigences.

Pour ce qui est de la « cupidité sordide » et de « l’amour sordide du profit », toutes les entreprises et leurs dirigeants les professent au travers des dividendes concomitant à des réductions d’effectifs au travers de plans sociaux et des délocalisations, bonus, retraites chapeaux, « golden parachute » et autres placements « offschore » ou amendement Copé (lien). Pour les particuliers, je n’oublie pas le bouclier fiscal (et sa fausse disparition, « fausse » car l’assiette de l’impôt a été relevée largement afin que de nombreux contribuables y échappent), les niches fiscales en tout genre.

Et quand l’économie mondiale n’y suffit pas, il s’agit de mettre à mal les acquis et les progrès en matière de protection sociale (déremboursement de santé, recul de l’âge de la retraite, chasse aux « fraudeurs » d’allocations diverses alors que les plus magouilleurs sont certains professionnels du secteur en cause …)

« L’accumulation pour se rassurer quand un monde est en train de muter », peut être une explication spycho-sociologique plus ou moins digne d’un café du commerce. Cette accumulation relève aussi d’un égoïsme d’individus  qui oublient ce qu’ils doivent à la société dans laquelle ils vivent (santé, éducation, protection) après en avoir bien profité, surtout dans leur jeunesse et qu’ils refusent aux générations suivantes …

Alors en effet, «pour l’amour du gain, gain au surplus médiocre, (ils) endurent les pires avanies . Encore que, les pires avanies soient imposées aux salariés licenciés, aux contribuables ponctionnés, aux allocataires déboutés.

Il y a eu un revirement de la charge.

C’est là qu’apparaît, dans tout son éclat, l’escroquerie !

Fultrix.

Autres liens :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Monnaie
http://fragments-diffusion.chez-alice.fr/monnaieetsouverainete.html

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