La laïcité ? Révolutionnaire !


Le thème est « tendance » en ce moment.

Mais plutôt que d’une notion à débattre, il s’agit pour certains de « jouer à se faire peur »… au risque d’entrainer une fichue pagaille. Je parlerai même d’un risque de déstabilisation sociale après deux cents ans d’aspiration à la paix entre voisins.

Historiquement, la laïcité est une idée née du siècle des Lumières, concrétisée lors de la Révolution Française.

Pour résumer, depuis Louis XIV et la révocation de l’Edit de Nantes, il n’est acceptable que la formule suivante : « un Roi, une Loi, une Foi » (devise de l’Etat Belge qui pourtant connait des vicissitudes depuis des mois … fin de la digression).

Juifs, Cathares et Protestants en ont fait les frais.

Les premiers se sont vus cantonnés dans leur quartier (dans les vieux centre-ville retrouvez les « rue de la juiverie » et autres).

Les deuxièmes, déclarés hérétiques ont succombé sous les coups de l’inquisition.

Les derniers ont eu droit au massacre de la nuit de la Saint-Barthélémy puis aux dragonnades.

Cette récurrence n’est pas facteur de sérénité. La suspicion devient la règle et la contrainte sociale est forte. Le poids du « qu’en dira-t-on » est lourd.

La ligne de conduite générale ne supporte pas le manquement à la règle, à l’uniformité, alors que l’Histoire évolue et que les découvertes technologiques remettent en questions les hiérarchies établies.

Pour garder le contrôle, il faut donc couper les têtes qui dépassent … (du moins, selon cette logique).

Les conséquences de cette « épuration » religieuse (outre le gâchis humain) ont été économiques et démographiques avec un fort retentissement préjudiciable pour les populations et l’Etat.

Il se trouve que sociologiquement, les minorités trouvent malgré tout leur place dans la société et l’Etat car elles tiennent, avec l’aval hypocrite de la majorité et dans le silence des institutions, des fonctions que la morale générale réprouve …

Par exemple, pour nos religions monothéïstes, l’argent est un tabou, qu’il s’agisse de l’usure (la Banque ) ou de sa tésorisation patrimoniale (le grand bourgeois sans terre).

Pourtant, le commerce nécessite le recours aux prêts ( « prêts à la grosse aventure » et autres avances sur profits à venir) et aux effets de commerce.

Pour y accéder sans risquer la sanction religieuse, historiquement le rôle va être confié aux minorités : le « juif » en Occident et le « chrétien » en Orient.

Avec le protestantisme, et parce que Dieu favorise financièrement ses « élus », pour les fidèles, le commerce de biens et de services bancaires est une voie privilégiée (je caricature, bien sûr). Le XIXème siècle illustrera cette affirmation avec l’émergence des banques protestantes.

Quant aux Cathares, hérétiques idéologiques sans poids économique (d’autant que le dogme réclame piété, renoncement aux biens de ce monde et chasteté …) ils représentaient des risques politiques pour le roi et l’Eglise.

Pour en revenir à la Révolution française, parce qu’il y a de beaux esprits favorables à la promotion de l’Homme et afin de trouver l’égalité de traitement, les minorités religieuses (juives et protestantes) soutiennent l’idée de la création de l’Etat Civil (registre de recensement des naissances, mariages et décès).

L’idée de l’époque est qu’en affirmant les droits universels et en les organisant dans le code civil, l’égalité est acquise et opérationnelle.

Les avantages pour l’Etat sont :

  • le recensement de l’ensemble de la population (pour des raisons fiscales et patrimoniales)
  • la mise à l’écart de la sphère politique de l’Eglise (de Rome) alliée au trône. La conviction religieuse devient une affaire privée et domestique.

La loi de 1905 installant la laïcité et détachant l’Etat de la religion est une façon de clore le débat et préserver les acquis de la Révolution en cas de tentative de restauration royaliste.

Ainsi, la laïcité a toujours eu pour objectif de renvoyer dans la discrétion des foyers et des temples la conviction et la pratique religieuses. Elle a toujours voulu concevoir l’Homme comme un être grégaire avec des préoccupations civiles universelles. Les minorités confessionnelles, elles, ont jusqu’à présent préféré se faire discrètes et ne plus avoir à craindre une quelconque persécution ou une discrimination. Madame Jacqueline de Romilly l’a d’ailleurs relevé dans son ouvrage posthume  « Jeanne ».

Or, depuis quelques années, ce modèle laïc est remis en cause. Nous assistons à un renversement de raisonnement et de revendication.

Certains, qui se voient non seulement « minoritaires » mais aussi en porte-à-faux avec la discrétion des convictions, revendiquent leur différence et exigent un traitement différent.

Cette façon de « s’afficher » peut relever du prosélytisme mais aussi de l’affirmation de « soi » contre le reste du monde.

Ce mécanisme est connu : c’est ce que font les adolescents, en mal d’estime ou d’affirmation sereine de soi.

Nous avons donc une approche à la laïcité différente :

  • à l’origine il s’agissait d’uniformiser pour laisser tout à chacun penser ce qu’il veut
  • aujourd’hui, dans notre société, l’exigence est de cultiver sa différence pour mieux s’afficher au nom d’une liberté religieuse mal comprise.

Les actualités regorgent, avec une insistance presque malsaine (très en vogue dans les hautes sphères politiques), de difficultés avec les horaires de piscine réservés aux seules femmes, à la qualité de la viande, le code vestimentaire, l’accès aux soins … que sais-je encore.

C’est oublier un peu vite d’autres formes extrêmes qui persistent et s’enhardissent parfois dramatiquement, avec les refus du divorce (Irlande), de l’avortement (pro-life), de l’école publique (discours de Latran), des transfusions sanguines ( témoins de Jéovah), sans parler de certaines pratiques médicales ou alimentaires à tendance sectaire.

C’est le fait de stigmatiser volontairement une seule « source » de revendications et d’occulter d’autres extrémismes qui s ‘avère dangereusement coupable.

Dans tous les cas, il y a remise en cause de notre démocratie qui organise nos relations sociales de telle sorte que (c’est bien connu !) la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres, afin de ne gêner ou nuire à personne, au profit de tous.

Ces intransigeances sont également l’illustration de l’absence de volonté réelle de mettre en œuvre notre modèle d’intégration tourné vers l’Universalisme favorisant l’Individu et au contraire de favoriser les divisions dans un but partisan.

J’ai déjà eu l’occasion d’aborder ce thème dans un précédent article.

Fultrix.

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European civis sum ! Είμαι Ευρωπαίος πολίτης !
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3 commentaires pour La laïcité ? Révolutionnaire !

  1. voir rapport commission stasi
    christian

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